Barbiers low cost : les salons de coiffure en colère face à la coupe à 10 euros

Image d'illustration. Station de coiffure avec grand miroirADN
Face à la multiplication des barber shops et aux offres de coupes à prix cassés, les professionnels de la coiffure s’inquiètent. Nombreux dénoncent une concurrence jugée déloyale et redoutent l’impact sur l’ensemble de leur secteur.
Tl;dr
- Directive européenne ouvre la coiffure à une concurrence accrue.
- Professionnels dénoncent absence de contrôles et travail illégal.
- Coiffeurs réclament TVA réduite et respect des qualifications.
Un secteur en pleine tourmente
L’atmosphère était électrique ce lundi sur la place de la Bastille, où plus de deux cents professionnels de la coiffure venus des quatre coins de l’Hexagone ont exprimé leur ras-le-bol face à une situation jugée intenable. À l’initiative de l’Union nationale des entreprises de coiffure (Unec), ces artisans défendent bec et ongles leur métier, menacé selon eux par l’application d’une directive européenne entrée en vigueur en 2023. Le texte a profondément modifié les règles du secteur, autorisant désormais une ouverture facilitée des salons et « barber shops ».
Des règles assouplies, une concurrence exacerbée
Jusqu’alors, il fallait justifier d’un solide bagage : brevet professionnel ou diplôme équivalent pour ouvrir un salon. Désormais, un simple CAP coiffure assorti de trois ans d’expérience suffit, voire moins si c’est le cas pour un salarié ou un proche du chef d’entreprise. Résultat immédiat : la prolifération d’établissements, parfois sans véritable contrôle ni respect des qualifications minimales requises. Comme le résume Christian Doré, président de l’Unec, « on ne demande pas d’aides ou de subventions. On veut juste pouvoir vivre de notre métier et que les règles de la concurrence soient respectées ». Mais le sentiment dominant reste celui d’une concurrence déloyale.
Malaise grandissant face aux dérives et à l’ubérisation
La colère gronde aussi contre l’apparition soudaine de salons non déclarés, parfois ouverts par des personnes peu formées, proposant des tarifs défiant toute concurrence – dix ou quinze euros la coupe. Un phénomène qui s’ajoute à celui du travail au noir dénoncé par nombre d’intervenants présents, persuadés qu’il devient impossible pour un professionnel déclaré d’équilibrer ses comptes dans ces conditions.
Certains vont même plus loin :
- Sous-déclaration systématique des prestations.
- Coupures sauvages opérées chez les particuliers via réseaux sociaux.
- Soupçons persistants de blanchiment ou trafics divers.
Le malaise est tel que la profession évoque désormais une véritable « ubérisation » du secteur. Pour Sandrine, coiffeuse dans les Yvelines : « Les gens sauront toujours faire la différence entre un professionnel qualifié et un autre. Quelqu’un qui se paie une coiffure à 10 euros aura une coupe à 10 euros… »
L’appel pressant à l’État : contrôles et fiscalité allégée
Face à cette évolution chaotique, les attentes sont claires : multiplication des contrôles promis mais rarement effectués, répression accrue contre le travail clandestin… et pourquoi pas une baisse significative des charges sociales ainsi qu’une application rapide d’une TVA réduite. Beaucoup rappellent que pendant la crise sanitaire, le caractère essentiel du métier a été reconnu par tous. Reste à savoir si les pouvoirs publics entendront cette revendication devenue urgente dans un secteur où chaque jour compte désormais.
