À Évreux, le financement participatif de 22 lits hospitaliers suscite des débats parmi les habitants

Image d'illustration. Un lit d'hôpital.ADN
À Évreux, la municipalité propose de recourir à un emprunt citoyen afin de financer l’ajout de 22 lits dans l’hôpital local. Cette initiative suscite des débats et partage les habitants quant à sa pertinence et son efficacité.
Tl;dr
- Emprunt citoyen lancé pour financer 22 lits au CHES.
- Succès rapide, mais malaise face au désengagement de l’État.
- Situation financière et humaine critique à l’hôpital d’Evreux.
Un financement inédit suscite débats à Évreux
À quelques pas du centre-ville d’Evreux, la belle place Sepmanville, récemment auréolée d’une distinction nationale, cristallise malgré elle un malaise. Car derrière le vernis de la récompense obtenue aux Victoires du Paysage, un autre sujet anime les conversations : le recours à un emprunt citoyen pour financer 22 lits supplémentaires au sein du Centre Hospitalier Eure-Seine (CHES). Une initiative qui, si elle a permis de collecter 100 000 euros en seulement vingt jours, laisse nombre d’habitants perplexes. « Tout cet argent dépensé et on nous demande, à nous, de payer pour des lits d’hôpitaux…», souffle Bastien, fatigué par ce sentiment de devoir mettre la main à la poche une fois encore.
Une santé publique en tension permanente
Il faut dire que le climat local est alourdi par les difficultés chroniques du CHES. En 2023, l’établissement accusait un déficit record de 20 millions d’euros, coûtant sa place à la directrice et nécessitant l’intervention de deux administrateurs provisoires. Depuis début 2024, Jérôme Rifflet, le nouveau directeur, tente tant bien que mal de redresser la barre : déficit réduit à 13 millions, promesse de consacrer chaque année cinq millions à l’investissement – dont cette collecte inédite. Toutefois, il insiste : « La somme servira exclusivement à l’investissement, pas au fonctionnement quotidien. » Malgré ces garanties, le débat reste vif quant à l’efficacité réelle de telles mesures.
L’expérience des patients et des soignants sur le fil
Pourtant, ce ne sont pas les chiffres qui frappent le plus. C’est surtout la réalité quotidienne vécue par les usagers et le personnel médical qui fait réagir. Eric s’y rend chaque mois pour traiter sa sclérose en plaques ; il observe impuissant la saturation croissante : « Les soignants font tout ce qu’ils peuvent, mais manquent cruellement de temps. » À cela s’ajoute une attente interminable pour obtenir des rendez-vous ou même simplement trouver un lit disponible lors des soins.
Certaines situations deviennent ubuesques :
- Pénurie chronique de personnel soignant.
- Délai de prise en charge allant jusqu’à trois ans.
- Difficultés financières et perte de confiance dans la gestion.
Ce climat nourrit chez plusieurs habitants une réticence persistante vis-à-vis du principe même de l’emprunt citoyen.
Malaise démocratique face au désengagement progressif de l’État
Derrière ces réactions se dessine une inquiétude profonde concernant le rôle décroissant de l’État. Certains dénoncent un précédent dangereux : « Puisque ça marche, il suffira demain d’un nouvel appel aux dons pour pallier les manques structurels ! ». D’autres s’interrogent sur la viabilité d’un système où les citoyens sont sollicités pour garantir le maintien d’un service public essentiel.
En dépit des critiques et d’une certaine résignation ambiante, nombreux restent attachés à leur hôpital : « Sauver le CHES mobiliserait toute la ville si nécessaire. Mais qu’est-ce que cela dirait du pays si c’était notre seule solution ?», résume Eric. Une interrogation qui dépasse les frontières d’Evreux et interroge sur l’avenir même du modèle hospitalier français.
