La France et l’Allemagne ont trouvé un compromis sur l’auto en Europe. Objectif, desserrer la contrainte climatique contre plus de production locale.
En bref
- Le thermique obtient un sursis partiel en 2035
- L’Allemagne accepte plus de production locale européenne
- Le compromis doit encore passer plusieurs obstacles politiques
Le changement est simple à lire, et il compte. La France et l’Allemagne ont rapproché leurs positions sur l’automobile européenne, avec un échange très politique, moins de rigidité sur le thermique, davantage de préférence européenne dans la production. Pour le secteur, cela repousse un peu plus la perspective d’une sortie totalement verrouillée des voitures thermiques neuves en 2035.
Le cap 2035 bouge, sans être abandonné
Le point le plus sensible porte sur les émissions de CO2 des véhicules neufs. Les constructeurs devraient désormais viser une baisse de 90 % d’ici 2035. Ce n’est pas un détail. Dans le schéma initial de la Commission européenne, les 10 % restants devaient être compensés. Cette obligation disparaîtrait dans le compromis porté par Paris et Berlin.
Pourquoi cette inflexion ? Parce que la montée des carburants renouvelables, notamment les biocarburants, sert d’argument pour justifier une voie un peu moins stricte. C’était une demande de Berlin, soucieuse de protéger son industrie automobile.
Et ce n’est pas tout. L’électrification des flottes d’entreprises pourrait aussi intégrer certains véhicules thermiques à faibles émissions. Quant aux supercrédits, d’abord pensés pour soutenir les petites voitures électriques abordables, ils seraient élargis à des modèles électriques plus grands.
Paris obtient un virage plus protectionniste
En échange, l’Allemagne accepte un durcissement sur le Made in Europe à partir de 2028. Les entreprises qui touchent des financements publics devraient privilégier des composants fabriqués dans l’Union européenne ou chez des partenaires proches.
Dans cette liste, on retrouve le Royaume-Uni, la Norvège et la Suisse. Ce point n’est pas anodin. Berlin abandonne sa vision plus large du Made with Europe, et l’ouverture au Royaume-Uni envoie aussi un signal politique avant le sommet entre l’UE et Londres prévu le 20 novembre à Bruxelles.
Pour le lecteur, l’enjeu est concret. Derrière cette mécanique un peu technique, on parle de la localisation des chaînes de valeur, donc de production, d’investissements et potentiellement d’emplois en Europe.
Le compromis est loin d’être bouclé
Bon, rien n’est signé pour de bon. L’accord doit encore obtenir l’aval du SPD, le parti social-démocrate allemand. Puis il faudra convaincre les autres Etats membres et le Parlement européen.
L’ACEA, l’association des constructeurs européens, plaidait dès mercredi pour accélérer les discussions en visant une adoption début 2027. En face, les organisations environnementales contestent régulièrement les concessions faites aux industriels. Et fin décembre 2025, la ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, critiquait déjà les assouplissements proposés par Bruxelles, pourtant moins larges que ceux désormais sur la table.
Résultat ? Si ce compromis tient, l’Europe garderait une trajectoire de décarbonation, mais avec une exécution plus souple et une dose plus nette de protection industrielle. Pour les automobilistes, pas de bascule immédiate. Pour les constructeurs, en revanche, la règle du jeu pourrait changer assez vite.