Dette française : l’idée du grand emprunt séduit, mais ne règle rien

Représentation visuelle de la montée des taux d'inflation en France ces derniers mois
Image d'illustration. Graphique de l augmentation des taux d inflation — ADN

Avec une dette à 3.595,5 milliards d’euros, l’idée d’un grand emprunt national revient. Le problème, c’est moins de trouver l’argent que de savoir à quoi il servirait.

En bref

  • La dette atteint 3.595,5 milliards d’euros
  • L’épargne française pourrait être davantage mobilisée
  • Mais cela ne réduit pas le déficit

Entre une dette publique à 3.595,5 milliards d’euros et une épargne des ménages estimée à 6.000 milliards d’euros, l’idée paraît presque évidente. Pourquoi ne pas demander aux Français de prêter plus directement à l’État ? Sur le papier, le raisonnement tient. Dans les faits, c’est plus compliqué.

Une montagne de dette face à une épargne massive

Selon l’Insee, la dette française représente 119 % du PIB, un niveau supérieur à celui observé pendant la crise du Covid. En face, les ménages de France affichent un taux d’épargne de 18 % du revenu disponible, contre 14 % dans la zone euro. Dit autrement, il y a de l’argent. Pas mal, même.

Le principe d’un grand emprunt national serait simple : au lieu de laisser une part plus large de la dette être achetée par des investisseurs étrangers sur les marchés, l’État solliciterait davantage les particuliers du pays.

Pourquoi l’État y verrait un avantage

L’intérêt, d’abord, serait de moins dépendre de marchés financiers jugés volatils. Pour attirer les ménages, l’État pourrait proposer un taux attractif, parfois lié à l’inflation, avec à la clé des incitations fiscales, comme une exonération d’impôt sur le revenu ou de droits de succession.

Pour Bernard Keppenne, chef économiste de CBC Banque, voir les Français acheter massivement cette dette enverrait aussi un message utile aux investisseurs étrangers. Il estime que ce serait « un signal positif et de confiance », susceptible de rassurer à la fois les marchés et les agences de notation.

Le risque, c’est de priver les entreprises d’argent

Mais l’épargne n’est pas un puits sans fond. Et, en réalité, une partie finance déjà l’État. Les fonds en euros de l’assurance-vie sont majoritairement investis en obligations publiques. Les assureurs français détiennent ainsi environ 9 à 10 % de la dette négociable.

Le vrai sujet, c’est l’effet d’éviction. Si l’État lance un produit très séduisant, une partie de l’argent des ménages peut quitter d’autres placements, notamment ceux qui financent les entreprises. Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne, rappelle que cela pourrait retirer des capitaux à des sociétés déjà en difficulté.

Sans projet clair, l’opération perd une grande partie de son sens

Reste la question la plus concrète : pour financer quoi ? Stéphanie Villers, économiste spécialiste en macroéconomie, dit qu’on peut légitimement s’interroger sur le fléchage de cet argent. Elle cite deux besoins massifs : l’intelligence artificielle, pour éviter un décrochage face aux États-Unis et à la Chine, et la transition énergétique.

Sauf qu’aujourd’hui, explique-t-elle, la dette sert surtout à financer des dépenses sociales, en particulier les retraites. Par rapport à l’avant-Covid, celles-ci pèsent 52 % de l’accroissement de la dette. Son constat est net : « Ce qui compte aujourd’hui, c’est d’assurer les investissements de demain. Si c’est pour faire un emprunt de dépenses sociales, pas certain de la pertinence d’un emprunt. »

Et c’est là que tout se joue. Un grand emprunt peut aider à trouver des prêteurs, voire flatter une forme de participation collective. Il ne supprime pas le problème de fond. Comme le rappelle Bernard Keppenne, il faudra quand même baisser le déficit. Pour vous, ça change une chose simple : emprunter autrement ne suffit pas, si la trajectoire budgétaire ne change pas.

Germain Montor

Spécialiste de l'économie et de la vie pratique

Rédacteur web, je crée des contenus clairs et engageants.

X Tous ses articles →
Une erreur dans cet article ?

Nous apportons le plus grand soin à chaque article et nous appuyons sur des sources fiables. Personne n'est à l'abri d'une erreur : si vous en repérez une, signalez-la, nous la corrigerons au plus vite.

Sujets
Budget Déficit public France

Lisez Les News Eco .fr en priorité sur Google

Ajoutez-nous à vos sources préférées : nos articles remonteront plus haut dans votre actualité.

Ajouter à mes sources