Une commission d’enquête parlementaire accuse les fonds d’investissement de fragiliser l’économie française. Bpifrance et le pantouflage sont aussi visés.
- Le rapport accuse des pratiques prédatrices
- Bpifrance est directement mise en cause
- Le pantouflage revient au centre du débat
La France est décrite comme l’un des marchés les plus actifs d’Europe pour les fonds d’investissement. C’est le point de départ du rapport publié lundi par une commission d’enquête parlementaire sur les fonds spéculatifs. Et ce n’est pas un détail. Quand un pays devient, selon les députés, le principal terrain de chasse du continent, la question dépasse le simple débat financier.
La France, cible privilégiée des fonds
Dans ses conclusions, la commission s’appuie sur des données citées de la Banque de France et de France Invest pour rappeler que la France figure parmi les places les plus actives de cette industrie. La rapporteure, Aurélie Trouvé, parle même de fonds qui ont « envahi notre économie » avec des « pratiques prédatrices ».
Son constat va plus loin. Selon elle, des politiques publiques ont fortement favorisé ces acteurs, notamment via des avantages fiscaux, alors que les règles et les contrôles sur leurs pratiques restent presque absents.
Le LBO, mécanique au cœur des critiques
Le rapport vise en particulier les rachats d’entreprise par effet de levier, les LBO. En gros, l’acquisition est financée par les revenus futurs de l’entreprise elle-même. Les parlementaires jugent que ce montage organise méthodiquement un transfert de richesse des sociétés vers leurs actionnaires.
Le reproche économique est assez clair. L’horizon de temps de ces fonds, souvent étrangers, et leurs exigences de rendement seraient, selon la commission, incompatibles avec la pérennité du tissu productif français. Pas de quoi résumer tout le capital-investissement à une seule pratique, mais le rapport cible bien cette logique-là.
Bpifrance dans le viseur du rapport
Autre point sensible, le rôle de Bpifrance. La banque publique d’investissement est accusée de soutenir fortement les fonds de capital-investissement et d’être guidée d’abord par la performance financière, au détriment de sa mission d’intérêt général.
En audition, son dirigeant Nicolas Dufourcq a contesté cette lecture, en expliquant qu’elle ne correspondait absolument pas à la réalité. Le désaccord est frontal, clairement.
Le pantouflage, autre angle d’attaque politique
Le rapport ne s’arrête pas aux montages financiers. Aurélie Trouvé dénonce aussi le pantouflage de hauts fonctionnaires, voire de ministres, vers des fonds d’investissement. Pour la députée, c’est un énorme problème.
Elle cite notamment la proximité entre Nicolas Dufourcq et Bruno Bézard, ancien haut fonctionnaire de Bercy, devenu dirigeant du fonds Cathay Capital, présenté comme l’un des premiers fonds financés par Bpifrance. Et elle situe l’essor de ces acteurs à partir de 2012, sous François Hollande, puis durant les deux mandats d’Emmanuel Macron.
Ce que ça change pour vous, c’est surtout le cadre du débat. On ne parle plus seulement de finance, mais de la façon dont l’État accompagne, contrôle, ou non, une partie du capitalisme français.