Le yen a été soutenu par une intervention conjointe des Etats-Unis et du Japon, une première depuis 1998. Un geste rare, avec des effets très concrets sur les prix.
En bref
- Le yen a touché un plus bas historique
- Washington et Tokyo ont acheté du yen
- L’enjeu, inflation et stabilité financière japonaise
Pourquoi un yen faible finit par coûter cher
Quand une monnaie baisse trop, ce n’est pas qu’une affaire de traders. Pour le Japon, un yen faible aide bien les grands exportateurs comme Sony ou Toyota. Mais il renchérit aussi les achats payés en dollars, surtout les hydrocarbures. Et avec des cours du pétrole déjà élevés cette année, la facture grimpe vite.
Résultat, les pressions inflationnistes persistent dans l’archipel. Pour les ménages comme pour les entreprises importatrices, la faiblesse du yen finit donc par peser bien au-delà du marché des changes.
Une opération rarissime entre Washington et Tokyo
C’est là que le signal devient important. Washington et Tokyo sont intervenus ensemble vendredi pour soutenir la devise japonaise, alors que le yen était tombé récemment à presque 164 pour un dollar, son plus bas niveau depuis 1986.
L’ampleur de l’opération n’a pas été détaillée. Mais le simple fait qu’elle existe suffit à marquer les esprits, puisqu’il s’agit de la première intervention conjointe destinée à acheter des yens depuis 1998, d’après les autorités japonaises. En 2011, les deux pays avaient agi dans l’autre sens, en vendant du yen après le séisme dévastateur.
Vendredi, le marché a réagi tout de suite. Le yen gagnait 0,6% face au dollar, jusqu’à 155,23 yens pour un dollar, son meilleur niveau depuis le début du mois de mai.
Trump parle d’amitié, le Trésor promet de recommencer
A bord d’Air Force One, Donald Trump a confirmé l’intervention. Il a expliqué que les Etats-Unis y voyaient un intérêt financier, mais que c’était d’abord, selon ses mots, « un geste d’amitié » envers le Japon.
Du côté du Trésor, même ligne. Sur X, Scott Bessent a assuré que les autorités américaines n’hésiteraient pas à participer à de nouvelles opérations communes pour soutenir le yen. La ministre japonaise des Finances, Satsuki Katayama, a elle aussi défendu une action ayant permis, selon elle, de corriger des mouvements excessifs et désordonnés de la devise ces derniers mois.
Le pari Takaichi sous surveillance
Ce décrochage du yen ne sort pas de nulle part. Il est alimenté par les écarts de taux entre le Japon et les Etats-Unis, mais aussi par les doutes sur la politique budgétaire de la Première ministre Sanae Takaichi.
Scott Bessent a d’ailleurs salué les efforts de relance de Tokyo et estimé que le gouvernement Takaichi entrait dans une nouvelle phase des Abenomics, ce cocktail associant assouplissement monétaire, réformes structurelles et soutien budgétaire massif. Pour vous, l’enjeu est assez simple, en gros: si le yen reste trop bas, le Japon importe plus d’inflation. Et quand Washington intervient après vingt-huit ans d’absence, les marchés comprennent qu’on a changé d’échelle.