L’interdiction de l’acétamipride menace l’avenir de la production de noisettes

Image d'illustration. Tracteur pesticidesADN
La récente décision d’interdire l’utilisation de l’acétamipride inquiète vivement les producteurs de noisettes, qui redoutent une aggravation des pertes face aux ravageurs et un impact économique majeur pour l’ensemble de la filière en France.
Tl;dr
- Le Conseil constitutionnel censure l’acétamipride pour les noisettes.
- La filière française dénonce une concurrence européenne inéquitable.
- Les producteurs demandent des compensations et une autorisation transitoire.
Une décision lourde de conséquences pour la filière française
Alors que la récolte des noisettes connaît déjà une année noire, le coup est rude pour les producteurs français. En censurant, ce jeudi, la disposition phare de la loi Duplomb sur la réintroduction conditionnée de l’acétamipride, le Conseil constitutionnel vient d’infliger un revers retentissant à toute une profession. Pour les représentants de la filière, cette interdiction « constitue en l’état, sans mesure compensatoire, un coup qui sera fatal à la filière noisettes de France ». L’argument des Sages : le texte ne garantissait pas un encadrement suffisant de cette dérogation, ni dans sa durée ni dans ses modalités sectorielles.
L’enjeu du marché européen et mondial
La France, troisième consommateur mondial avec près de 50 000 tonnes avalées chaque année, ne produit localement qu’une faible part de ses besoins. Et le contexte n’arrange rien : en 2024, « sur une récolte attendue de 13 000 tonnes, nos producteurs n’ont pu récolter que 6 500 tonnes », constate Jean-Luc Reigne, directeur d’Unicoque, structure qui regroupe à elle seule 90 % du secteur hexagonal. Entre balanin et punaise diabolique – ces ravageurs contre lesquels l’acétamipride était jugé indispensable – les pertes s’accumulent. Or, ailleurs en Europe, la donne diffère : l’Italie a obtenu l’autorisation d’utiliser ce pesticide jusqu’en 2033, tandis que la Turquie – principal fournisseur mondial – ne s’impose aucune restriction.
L’inquiétude face à une concurrence jugée déloyale
Cette situation alimente chez les professionnels un sentiment d’injustice flagrant. « C’est une inégalité de traitement pour travailler face aux autres pays européens », souligne M. Reigne. Le risque ? Voir disparaître la production locale au profit d’importations dont la traçabilité et les garanties sanitaires restent opaques. La France pourrait donc se retrouver contrainte d’importer des noisettes traitées avec des produits interdits chez elle ou dans l’Union européenne.
Face à cette impasse, plusieurs demandes émergent pour permettre à la filière de survivre et de préparer sa transition écologique :
- Indemnisation des pertes estimées à 45 millions d’euros sur quatre ans.
- Soutien financier durable évalué à 20 millions d’euros par an.
- Autorisation temporaire, sur cinq ans, de l’acétamipride afin d’inventer des alternatives viables.
Pétition massive et débats politiques relancés
La controverse dépasse largement le cercle agricole : plus de deux millions de signatures ont été recueillies contre la loi Duplomb. Le sénateur LR Laurent Duplomb, porteur du texte censuré, admet sur RMC que l’encadrement initial du pesticide n’était pas assez strict. Il n’exclut pas de revenir à la charge avec une proposition mieux cadrée afin d’obtenir gain de cause auprès du Conseil constitutionnel. Pendant ce temps, les producteurs français attendent toujours un signe concret pour ne pas voir disparaître définitivement leur savoir-faire unique.
