Une étude fondée sur les données des Restos du cœur estime qu’un Français sur 10 pourrait basculer dans la précarité alimentaire d’ici dix ans.
En bref
- 5,5 millions de personnes aidées depuis 2018
- Le chômage et les loyers pèsent le plus
- Un Français sur 10 est jugé à risque
Entre 2018 et 2025, 5,5 millions de personnes ont eu recours au moins une fois à l’aide alimentaire des Restos du cœur. C’est sur cette base immense que cinq chercheurs ont bâti leur estimation la plus frappante, un Français sur dix pourrait être confronté à la précarité alimentaire au cours de la prochaine décennie.
Derrière le chiffre, 5,5 millions de parcours de vie
L’intérêt de ce travail, mené à partir de millions de données des Restos du cœur, tient aussi au mouvement des bénéficiaires. En moyenne, les personnes restent 18 mois dans le dispositif. Et 14 % y ont recours pendant plus de trois ans.
Ce renouvellement permet d’observer des trajectoires d’entrée et de sortie de la grande pauvreté. Alexandre Gaillard, maître de conférences en économie à l’Université de Brown, explique que la majorité sort de l’aide alimentaire au bout d’un an. Pas de quoi minimiser le sujet, quand même. Cela montre surtout que les bascules peuvent être rapides.
Le duo qui pèse le plus: emploi et loyers
Les chercheurs ont croisé plusieurs facteurs, revenus, chômage, inflation, nombre d’entreprises ou disponibilité des logements sociaux. Deux variables ressortent plus nettement, le chômage et l’inflation des loyers.
Dans leur analyse, une hausse de 10 % du taux de chômage est associée à une augmentation de 13 % du nombre de personnes en précarité alimentaire, et de 10 % de celles en précarité résidentielle. Ce n’est pas un détail statistique. Pour un ménage déjà fragile, emploi et logement pèsent souvent plus lourd que le reste du budget.
Qui sont les ménages les plus exposés
Parmi les personnes accueillies par les Restos du cœur, neuf sur dix sont sans emploi. On trouve aussi 11 % de retraités, 10 % de personnes handicapées et 3 % d’étudiants.
Autre point très concret, 40 % des bénéficiaires sont en précarité résidentielle. Cela recouvre des situations d’hébergement chez un tiers, d’hébergement d’urgence ou d’absence de domicile. Les enfants de moins de dix ans représentent 25 % de ce groupe. Résultat, l’aide alimentaire et le mal-logement avancent souvent ensemble.
Ce que les chercheurs en tirent pour l’action publique
L’étude estime que des politiques publiques centrées sur l’emploi et le logement peuvent prévenir une partie des basculements dans la grande pauvreté. Et pour les ménages déjà précaires, les auteurs défendent un soutien précoce et ciblé.
Pour vous, la lecture est assez simple. Le pouvoir d’achat ne se joue pas seulement dans les prix en rayon. Il se joue aussi sur la capacité à garder un emploi, et surtout un toit stable.