Prix en rayon, marges géantes : ce que révèle l’étude sur les géants de l’agroalimentaire

Un énorme caddie de supermarché en noir et blanc
Image d'illustration. Un énorme caddie de supermarché en noir et — ADN

Avant les négociations commerciales, une étude chiffre l’écart entre géants mondiaux et reste de l’agroalimentaire. Et il est massif.

En bref

  • Les négociations démarrent dans un climat tendu
  • Les géants affichent 13 % de marge nette
  • La FCD réclame un statut PME distinct

Le calendrier n’a rien d’anodin. À quelques semaines des négociations annuelles entre distributeurs et industriels, une étude remet une pièce dans un débat très concret pour vous, celui des prix en rayon et du partage de la valeur entre fournisseurs et enseignes.

Une étude qui tombe au moment le plus sensible

Chaque année, du 1er décembre au 1er mars, les enseignes de la grande distribution et leurs fournisseurs arrêtent les tarifs des produits vendus en magasin. Sont exclus les produits frais et les marques de distributeur. Or un échange préparatoire se tient justement ce jour, pendant que la Fédération du commerce et de la distribution, la FCD, met sur la table une étude commandée au cabinet Asterès.

Ce n’est pas un détail. Les multinationales concernées pèsent environ 75 % de la valeur des discussions commerciales. Quand elles arrivent à la table, elles ne parlent donc pas d’un coin du marché, mais de l’essentiel.

Des marges sans commune mesure avec le reste du secteur

Le chiffre qui frappe est là. Selon les données réunies par Asterès pour la FCD, des groupes comme Coca-Cola, Danone ou L’Oréal ont dégagé en moyenne 13 % de marge nette sur la période 2017-2025. En face, l’ensemble de l’agroalimentaire français affiche 3,5 % en moyenne sur 2018-2024.

On parle donc de marges près de quatre fois supérieures. Pour la FCD, cela casse l’idée d’un bloc industriel uniforme. Sa directrice générale, Judith Jiguet, insiste sur ce point, en expliquant que l’industrie n’a rien d’homogène et que les très grandes entreprises ne peuvent pas se fondre dans le même discours que les acteurs plus petits.

Le vrai sujet derrière les chiffres, actionnaires, investissements et PME

L’étude ne s’arrête pas aux marges. Elle observe qu’entre 2022 et 2025, en pleine période d’inflation, le panel retenu a redistribué 94 % de ses bénéfices nets aux actionnaires. Les analystes en tirent une conclusion nette, ces multinationales cotées, fournisseurs de la grande distribution, privilégient la rémunération de l’actionnaire davantage que l’investissement.

Le travail d’Asterès porte sur 33 des 53 multinationales habituées de ces négociations. Et derrière la bataille des chiffres, il y a une ligne politique. La FCD dit qu’elle ne participera pas à l’échange préparatoire tant que deux demandes ne seront pas reconnues, un statut distinct pour les PME et une vraie transparence sur le coût des matières agricoles.

Bref, l’enjeu dépasse le duel classique entre supermarchés et industriels. Ce qui se joue ici, c’est la manière dont on traite, dans une même négociation, des groupes mondiaux très profitables et des entreprises à taille humaine. Pour le consommateur, cela compte quand même, parce que ce sont ces rapports de force qui finissent par remonter, ou non, jusqu’au ticket de caisse.

Germain Montor

Spécialiste de l'économie et de la vie pratique

Rédacteur web, je crée des contenus clairs et engageants.

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