Télétravail, mode éphémère : quand la disparition du costume-cravate précipite la crise des pressings

Image d'illustration. Nettoyage lingeADN
Avec l’essor du télétravail, le recul du costume-cravate et la montée de la fast-fashion, les pressings français voient leur fréquentation chuter. Face à ces bouleversements, le secteur peine à survivre et s’adapter.
Tl;dr
- Plus de la moitié des pressings français ont fermé.
- Crises sanitaire et énergétique, fast-fashion en cause.
- Le secteur diversifie ses services pour survivre.
Un paysage en pleine mutation
La carte des pressings français n’a plus rien à voir avec celle du milieu des années 2000. Là où l’on comptait près de 10 000 établissements, il n’en subsiste aujourd’hui que 4 000. Ce phénomène s’explique par un enchaînement de facteurs : bouleversements économiques, changements d’habitudes vestimentaires et l’irrésistible montée de la fast-fashion. Dans certaines zones rurales, comme les Ardennes ou le Gers, on ne trouve plus que trois à quatre enseignes pour 100 000 habitants.
L’impact des crises récentes
À Argentan, petite ville normande, Céline a vu fondre la concurrence autour de son unique pressing, alors qu’il y en avait six auparavant. Elle évoque un quotidien difficile : « Hormis dans les grandes villes ou les endroits touristiques, c’est devenu très compliqué pour beaucoup d’entre nous ». La crise sanitaire a porté un coup fatal : entre confinements et essor du télétravail, les clients ne sont tout simplement pas revenus. Puis la flambée du prix de l’énergie est venue assombrir davantage le tableau. Beaucoup d’établissements n’ont pas résisté à l’explosion des factures.
Nouvelles habitudes et adaptation forcée
La clientèle elle-même a changé ses réflexes. Les costumes-cravates disparaissent, les vêtements faciles à entretenir deviennent la norme. À Rennes, Paolo, client occasionnel, reconnaît préférer désormais les chemises « sans repassage » pour gagner du temps et économiser. Et face au coût parfois supérieur du nettoyage par rapport au prix d’achat – conséquence directe de la fast-fashion –, certains préfèrent jeter plutôt que faire nettoyer.
Confrontés à cette réalité, les professionnels doivent innover pour survivre :
- Diversification des services : retouches, location de linge ou de vêtements.
- Service à domicile, blanchisserie pour locations saisonnières.
- Mise en avant du savoir-faire local, produits d’entretien spécialisés.
Une transformation loin d’être achevée
Pourtant, le regard n’est pas partout désespéré. Le vice-président de la Fédération française des pressings et blanchisseries, Stéphane Cohen, nuance le constat alarmiste : « C’est comme tout marché, il évolue avec les attentes des clients. » Si beaucoup ont baissé le rideau faute de repreneurs ou de main-d’œuvre qualifiée, une nouvelle clientèle apparaît : jeunes adultes soucieux de préserver leurs pièces haut de gamme ou utilisateurs d’Airbnb exigeant des prestations spécifiques. Malgré un contexte morose dans bien des villes moyennes ou rurales, certains établissements misent ainsi sur une offre élargie et une relation renouvelée avec leurs clients – derniers remparts contre l’érosion silencieuse d’un métier centenaire.
