Passé 60 ans, beaucoup de Français sortent du travail sans être à la retraite. Un rapport public alerte sur un angle mort social qui pèse déjà.
En bref
- Après 60 ans, l’emploi reste un point noir
- Les ouvriers sont les plus exposés
- La formation des seniors décroche en France
À 61 ans, plus d’une personne sur quatre n’est ni en emploi ni à la retraite. C’est le chiffre qui frappe dans le rapport publié mercredi par le Haut-commissariat à la stratégie et au plan. Et il dit quelque chose de très concret, vous pouvez avoir quitté le marché du travail sans pouvoir encore partir en retraite.
À 61 ans, un sas vide entre emploi et retraite
Selon Emmanuelle Prouet, l’une des autrices, cette zone grise concerne des personnes déjà sorties, ou plus vraiment présentes, sur le marché du travail alors qu’elles ne peuvent pas encore liquider leur pension. Résultat ? Une période de flottement qui n’a rien de marginal.
Ce point compte d’autant plus que l’âge de départ recule. Si la retraite arrive plus tard, ce sas entre fin d’activité et pension risque de s’élargir pour une partie des salariés. Clément Beaune, haut-commissaire à la stratégie et au plan, estime justement qu’il faut se pencher sur ce qui permet de rester en activité plus longtemps, ou de mieux articuler travail et retraite.
La France progresse avant 60 ans, puis cale juste après
Le tableau n’est pas uniforme. Pour les 55-59 ans, la France a rattrapé, et même dépassé, la moyenne européenne en taux d’emploi. Le recul de l’âge de départ à la retraite y a clairement joué.
Mais après le cap des 60 ans, le décrochage revient. Sur la tranche des 60-64 ans, la France reste nettement en dessous. Bon, ça change le regard sur les statistiques globales des seniors, qui peuvent donner l’impression d’une amélioration plus large qu’elle ne l’est vraiment.
Les emplois les plus durs paient l’addition
Ce sont les catégories les plus fragiles qui encaissent le plus. D’après Emmanuelle Prouet, près de 40 % des ouvriers et des emplois peu qualifiés quittent le marché du travail de façon précoce, avant même d’atteindre la retraite.
Là, on touche à un sujet très concret de conditions de travail. Quand la fin de carrière arrive dans des métiers usants, physiques ou peu qualifiés, tenir jusqu’à l’âge légal ne relève pas seulement de la volonté individuelle.
La formation des seniors reste le gros angle mort
Autre faiblesse pointée par le rapport, la formation professionnelle. Eva Tranier, autre autrice, parle d’un double déficit français, à la fois sur l’investissement et sur l’accès.
Entre 2022 et 2024, seul un tiers des 55-64 ans a suivi une formation en France. En Suède et au Danemark, on est à plus d’un sur deux. Dit autrement, la question n’est pas seulement de faire travailler les seniors plus longtemps. Il faut encore leur donner les moyens de rester employables, et ça, pour beaucoup, se joue bien avant 60 ans.