Carburants sans marge : qui tire réellement avantage de cette situation ?

Image d'illustration. Pompe à essenceADN
La vente de carburants à prix coûtant se généralise dans de nombreuses stations-service, suscitant des interrogations sur les véritables bénéficiaires de cette pratique, tandis que les distributeurs renoncent à leurs marges pour attirer les consommateurs.
Tl;dr
- Marges des distributeurs : 1 à 2 centimes/litre.
- Raffinage : principal bénéficiaire, marges récentes en hausse.
- Dépendance au gazole du Moyen-Orient accentue la hausse.
Raffinage : au cœur du débat sur les marges
À mesure que le sujet des prix des carburants s’invite dans le débat public, la question de la répartition des marges refait surface. Si les enseignes de la grande distribution insistent régulièrement sur leurs faibles marges – « 1 à 2 centimes par litre et couvrant à peine les frais d’exploitation » –, une autre partie prenante focalise l’attention : le secteur du raffinage. Le président de l’Ufip, Olivier Gantois, a récemment reconnu sur Ici que les marges brutes de raffinage ont « augmenté au mois de mars de façon relativement limitée, quelques centimes par litre ». Cependant, il tempère ce constat, rappelant que l’équilibre financier des raffineries varie fortement selon les périodes. D’ailleurs, deux installations françaises ont changé de main récemment – un signe, selon lui, d’une rentabilité bien moins évidente qu’il n’y paraît.
L’État : faux coupable ou réel bénéficiaire ?
La fiscalité est également régulièrement montrée du doigt. Certains estiment que l’État, via ses taxes, profiterait allègrement de la situation. Pourtant, ce raisonnement néglige un effet d’équilibre : chaque euro dépensé en carburant ne va pas ailleurs dans la consommation – laquelle est tout autant taxée. Mardi soir sur France 2, Michel-Édouard Leclerc a proposé une piste : suspendre temporairement les certificats d’économies d’énergie, une taxe qui pourrait alléger le prix du gazole « de 15 centimes », selon ses calculs.
Dépendance énergétique et conséquences structurelles
Il serait tentant d’accuser un acteur unique dans cette mécanique complexe. Toutefois, pour Marine Champon, experte en gestion de crise dans l’énergie chez Initiatik, « la marge se trouve plutôt du côté du raffinage que des distributeurs. Mais même nulles, ces marges ne représenteraient qu’une poignée de centimes par litre ». La réalité macro-économique pèse davantage : la France reste structurellement déficitaire en capacités de raffinage. Concrètement :
- 50 % du gazole consommé en France est importé
- 20 % d’essence produite localement est exportée
- En 2025, près de 30 % du gazole importé viendra du Moyen-Orient
Mondialisation et volatilité persistante des marchés pétroliers
In fine, même un contrôle accru sur la chaîne de production n’épargnerait pas totalement la France aux fluctuations internationales. Les États-Unis – certes producteurs massifs, mais essentiellement de pétrole non adapté aux carburants – subissent, eux aussi, la volatilité mondiale. En Asie, certains pays comme les Philippines ont été encore plus durement touchés par leur dépendance extrême au Moyen-Orient. Impossible donc d’isoler le problème à un seul maillon français : c’est toute une architecture mondiale qui conditionne nos factures à la pompe.
