TotalEnergies, Shell, BP : les géants du pétrole engrangent des profits record

Image d'illustration. Station essence TotalADN
Les principaux groupes pétroliers européens, dont TotalEnergies, Shell et BP, enregistrent des profits records ces derniers mois. Portées par la hausse des prix de l’énergie, ces compagnies suscitent critiques et débats sur leur contribution à la transition énergétique.
Tl;dr
- Profits record pour les pétrolières européennes au 1ᵉʳ trimestre.
- Conflit Moyen-Orient : flambée des prix du pétrole.
- Recrudescence des appels à taxer ces bénéfices exceptionnels.
Des profits records alimentent le débat sur la fiscalité
Au premier trimestre, les principales compagnies pétrolières européennes ont affiché des résultats spectaculaires, bénéficiant d’une conjoncture exceptionnellement volatile. La guerre au Moyen-Orient a fait grimper les cours, propulsant notamment le bénéfice net de Shell à près de 5,7 milliards de dollars, soit une hausse de 19 % par rapport à la même période en 2025. Sa concurrente britannique BP n’est pas en reste, annonçant un profit en forte progression à 3,84 milliards de dollars, tandis que TotalEnergies voit ses bénéfices bondir de 51 % pour atteindre 5,8 milliards.
Mécanismes derrière cette envolée
Comment expliquer ces performances ? Selon Shell, l’augmentation résulte principalement de prix plus élevés, conjugués à des « marges de raffinage accrues » et une activité de négoce renforcée. Les sociétés européennes disposent d’ailleurs d’importantes capacités dans ce domaine – contrairement aux américains d’ExxonMobil et Chevron, davantage axés sur la production pure. Or, ces deux géants américains ont vu leurs bénéfices fléchir sous l’effet d’un calendrier défavorable lié au décalage entre ventes et livraisons sur les marchés dérivés.
L’escalade militaire impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran a contribué à perturber l’approvisionnement mondial. Le blocage temporaire du détroit d’Ormuz par Téhéran a ainsi entraîné une flambée du baril de Brent jusqu’à 120 dollars, alors qu’il stagnait autour de 70 avant le conflit.
Nouvelles taxes et réactions politiques
Cette situation relance immanquablement les débats autour des « profits excessifs ». Des voix s’élèvent un peu partout pour réclamer une taxation accrue. Au Royaume-Uni, où une taxe spécifique sur les profits énergétiques – la « Energy profits levy » – est déjà appliquée depuis 2022 et portée à 38 % jusqu’en 2030, la question refait surface avec vigueur. En France, le président Emmanuel Macron, propose même une approche européenne pour contrer des gains jugés « spéculatifs ».
Face à cette pression sociale et politique croissante, le secteur tente d’adapter sa stratégie. Les analystes tablent toutefois sur la persistance de profits solides au deuxième trimestre, même si une réouverture progressive du détroit d’Ormuz semble possible.
Pétrole : arbitrages stratégiques et enjeux climatiques
Devant la volatilité du marché et la montée des appels à réguler davantage, les groupes énergétiques européens privilégient désormais les projets agiles et moins coûteux. Comme l’explique Stephen Innes (SPI Asset Management) :
- Poursuite des projets modestes, mais rentables ;
- Ajustement à la demande énergétique mondiale ;
- Doutes persistants sur l’atteinte des objectifs climatiques.
Ainsi, TotalEnergies admet ne plus garantir sa neutralité carbone pour 2050 face à un monde encore dépendant du pétrole. Dans ce contexte mouvant où chaque décision pèse lourdement sur l’équilibre entre sécurité énergétique et transition écologique, nul doute que le débat ne fait que commencer.
