La Banque de France compare certains signaux du crédit privé à ceux d’avant les subprimes. Montants, opacité, risque diffus, voici ce qui inquiète.
En bref
- Le crédit privé rappelle certains signaux de 2008
- Le risque vient surtout de l’opacité
- Les acteurs français restent peu exposés
1 500 milliards de dollars, soit environ 1 383 milliards d’euros. C’est l’ordre de grandeur cité par la Banque de France pour le crédit privé, un marché désormais assez gros pour réveiller un très mauvais souvenir, celui des subprimes avant la crise de 2008.
Lors de la présentation de son rapport sur la stabilité financière, Agnès Bénassy-Quéré, seconde sous-gouverneure de la Banque de France, a expliqué voir réapparaître des ingrédients rappelant la crise passée. Le parallèle n’est pas anodin. En 2006, les subprimes pesaient à peu près le même montant, selon elle. Bon, cela ne veut pas dire que l’histoire va se répéter à l’identique. Mais le signal est assez fort pour être posé noir sur blanc.
Un marché de même ordre de grandeur que les subprimes
La comparaison a quand même une limite importante. L’économie mondiale a beaucoup grossi en vingt ans, donc le poids relatif du crédit privé reste plus faible que celui des subprimes à l’époque. Autrement dit, la taille absolue impressionne, mais la place dans l’ensemble du système financier n’est pas exactement la même.
Cela change la lecture du risque. On n’est pas face à une copie carbone de 2008, plutôt devant un mécanisme qui rappelle certains ressorts de cette crise.
Le vrai point faible, c’est l’opacité du risque
Là où la Banque de France insiste, c’est sur la difficulté à mesurer précisément le danger. Agnès Bénassy-Quéré parle d’un marché assez opaque, à la fois pour la valorisation des actifs et pour identifier qui détient réellement quoi.
Le cœur du problème, c’est la titrisation. Des crédits sont regroupés, transformés en produits vendus par tranches sur les marchés, puis revendus. Résultat ? Le risque de défaut circule d’un acteur à l’autre et devient plus dur à lire dans les bilans. C’était déjà un point central en 2008, et c’est précisément ce retour d’une chaîne de risque diffuse qui inquiète aujourd’hui.
Selon Agnès Bénassy-Quéré, l’absence de marché organisé peut aussi nourrir une phase de défiance comparable à celle connue en 2008. Quand personne ne sait exactement où se trouvent les pertes potentielles, la confiance peut se bloquer vite.
Pourquoi la défiance remonte depuis fin 2025
Depuis la fin 2025, ce marché traverse justement une période de méfiance, surtout aux États-Unis. Les investisseurs redoutent une remontée des défauts parmi des entreprises du logiciel.
Dans son rapport, la Banque de France ajoute un autre point de fragilité, l’exposition croissante du crédit privé au secteur de l’IA. Si les anticipations de revenus sur ce segment étaient revues à la baisse, cette classe d’actifs pourrait en souffrir.
Ce que cela change pour les acteurs français
Mais tout n’est pas au même niveau de risque. L’ACPR, adossée à la Banque de France, estime que l’exposition des assureurs français tourne autour de 1 %. Pour les banques, c’est encore moins.
Autre nuance utile, les institutions exposées ne sont pas très endettées, contrairement aux emprunteurs immobiliers américains du milieu des années 2000. Pour vous, cela signifie surtout une chose. Le signal mérite attention parce qu’il touche un pan mal lisible de la finance, pas parce qu’une crise identique à celle des subprimes serait déjà écrite.