Les garagistes, laissés-pour-compte face aux enjeux de la transition énergétique

Image d'illustration. Garage mecanicien autoADN
Alors que la transition énergétique s’accélère dans le secteur automobile, le rôle et les défis auxquels font face les garagistes restent peu évoqués. Pourtant, ces professionnels sont directement impactés par l’évolution rapide des technologies et des réglementations environnementales.
Tl;dr
- Vroomly digitalise 6 000 garagistes indépendants en France.
- Les véhicules électriques sont jugés peu réparables et durables.
- Les garagistes indépendants, oubliés de la transition énergétique.
Une plateforme pour moderniser les garages indépendants
Fondée en 2017, la start-up Vroomly s’est donné pour mission de rapprocher les consommateurs des garagistes indépendants. À l’image d’un « Doctolib de la mécanique », l’entreprise a lancé une plateforme permettant aux automobilistes de prendre rendez-vous, d’obtenir un devis en quelques clics et de comparer facilement les prix comme la qualité des garages. Aujourd’hui, plus de 6 000 professionnels se sont inscrits sur cette interface, soit un tiers des garagistes indépendants en France, selon son fondateur et président, Alexis Frerejean. Un progrès non négligeable pour un secteur longtemps resté à l’écart de la digitalisation.
La transition énergétique : entre espoirs et inquiétudes
Mais alors que la mobilité s’électrifie à marche forcée – la fin de la vente des véhicules thermiques neufs étant prévue pour 2035 en Europe, même si cette échéance pourrait évoluer –, le secteur fait face à une mutation profonde. Les réparateurs indépendants se retrouvent au cœur d’un débat dont ils sont pourtant absents. « Le débat se limite aux pouvoirs publics et aux constructeurs ; les réparateurs indépendants sont les grands oubliés de la transition énergétique », regrette ainsi Alexis Frerejean. Pourtant, il rappelle que même après 2035, jusqu’à 80 % du parc automobile restera composé de véhicules thermiques pendant encore plusieurs années. Selon lui, prolonger leur durée de vie permettrait de réduire l’empreinte carbone globale du secteur – un argument souvent négligé dans le discours officiel.
L’enjeu méconnu de la réparabilité des voitures électriques
Face à cette évolution, une problématique inattendue apparaît : celle de la réparabilité des véhicules électriques. La conception très technologique et sous brevets complique considérablement le travail des garagistes. Le bloc-batterie, particulièrement coûteux et soudé en usine, est quasiment impossible à réparer aujourd’hui. « On risque d’avoir des iPhone sur roues qu’on ne peut ni réparer ni recycler correctement au bout d’une dizaine d’années », alerte le dirigeant. La question du recyclage, notamment des batteries usagées ou du stockage en centres VHU (véhicules hors d’usage), reste, elle aussi, largement sans réponse.
Pistes d’action et perspectives pour la filière indépendante
Pour faire face à ces défis, plusieurs mesures apparaissent cruciales :
- S’assurer que les nouveaux modèles soient conçus pour être réparables.
- Mieux former les garagistes indépendants aux spécificités électriques.
- Diminuer le « thermique-bashing » afin d’encourager l’usage prolongé des véhicules existants.
À ce titre, l’utilisation accrue des pièces de réemploi pourrait représenter une solution vertueuse : aujourd’hui marginale (5 % seulement des interventions), elle permettrait pourtant une réduction jusqu’à 80 % des émissions de CO₂ générées par les réparations.
Si la volonté politique d’accélérer l’électrification reste saluée par beaucoup, il semble urgent d’intégrer pleinement dans cette transition le réseau des garagistes indépendants – pilier discret, mais essentiel de l’économie circulaire européenne.
