Le débat revient sans cesse. Les données du COR montrent pourtant une réalité plus nuancée: les retraités ne vivent pas mieux que les actifs en moyenne.
En bref
- Les retraités ont moins de revenus disponibles
- Leur niveau de vie reste proche de la moyenne
- Le logement change beaucoup la comparaison
En 2022, un ménage retraité disposait en moyenne de 78,3 % du revenu disponible de l’ensemble des ménages. Un ménage d’actifs, lui, montait à 115,7 %. Dit comme ça, l’idée selon laquelle les retraités toucheraient plus que les actifs ne tient pas.
Le revenu disponible ne raconte pas toute l’histoire
Le COR, le Conseil d’orientation des retraites, sépare deux notions. D’un côté, le revenu disponible, qui additionne pensions, revenus d’activité, patrimoine et prestations sociales, une fois les prélèvements retirés. De l’autre, le niveau de vie, qui regarde ce que cela représente vraiment pour le foyer.
C’est une distinction utile. Les retraités vivent surtout de leur pension. Les actifs cumulent plus souvent salaire, activité indépendante et parfois revenus patrimoniaux. Comparer seulement une pension mensuelle à un salaire net, ça rate une partie du tableau.
Le niveau de vie réduit l’écart, mais ne l’efface pas
Quand on tient compte de la taille du ménage, l’écart se resserre. Le niveau de vie moyen des ménages retraités représentait 97 % de celui de l’ensemble de la population en 2022, contre 109,5 % pour les ménages d’actifs. L’écart entre les deux atteint donc 12,5 points.
Pourquoi ce rapprochement ? Parce qu’un foyer retraité a plus souvent moins de personnes à charge, notamment moins d’enfants, et bénéficie davantage des économies liées à la vie à deux. TF1 INFO rappelle que la méthode utilisée rapporte le revenu du ménage au nombre d’unités de consommation. C’est plus proche de la vie réelle.
Le logement pèse lourd dans le budget réel
Là, on touche à un point très concret pour vous. Les retraités sont plus souvent propriétaires de leur résidence principale. Quand le crédit est remboursé, il n’y a plus ni loyer ni mensualité à sortir chaque mois. Résultat ? Un budget quotidien moins contraint, même avec une pension plus modeste.
Cet avantage n’apparaît pas directement dans le revenu disponible. Mais les statisticiens peuvent l’intégrer via un « loyer imputé », c’est-à-dire la valeur théorique du logement occupé sans loyer. Dans ce cas, la situation relative des retraités peut sembler meilleure.
Derrière la moyenne, des écarts très marqués
Mais la moyenne masque pas mal de situations fragiles. Les carrières incomplètes, le chômage, les emplois précaires ou les temps partiels subis tirent certaines pensions vers le bas. Les femmes restent particulièrement exposées, à cause de trajectoires professionnelles plus souvent interrompues. Le patrimoine, la présence d’un conjoint et l’état de santé comptent aussi beaucoup.
Vu d’Europe, la position de la France reste plutôt favorable. Le COR indique que le niveau de vie relatif des 65 ans ou plus atteignait 94 % de celui de l’ensemble de la population en 2022. Et une étude plus récente de la Drees montre que le passage à la retraite ferait baisser la pauvreté. Ce que ça change pour le lecteur est simple : parler des retraités comme d’un bloc privilégié, c’est aller trop vite.