Data centers : des milliards promis, mais des emplois bien comptés

Image d'illustration. Vue intérieure de racks serveurs multicolores, datacenter.ADN
Les projets de data centers accumulent les milliards en France. Sur l’emploi, les promesses du secteur existent, mais plusieurs chiffres invitent à lever le pied.
En bref
- Des projets à 125 milliards d’euros annoncés
- Le secteur promet 50 000 emplois directs d’ici à 2030
- Des chercheurs jugent l’effet emploi surestimé
Un chiffre résume le débat : selon un rapport cité de Trendeo, les investissements dans les data centers ont représenté 67 milliards d’euros en 2025 pour seulement 2 800 emplois. Vu comme ça, l’addition est lourde. Et la question devient très simple pour vous, comme pour les élus locaux : ces projets créent-ils vraiment beaucoup de travail, ou surtout beaucoup de capital immobilisé ?
Des montants records, du nord francilien aux Hauts-de-France
Sur le papier, la dynamique est spectaculaire. Le 1ᵉʳ juin, au sommet Choose France, SoftBank a annoncé 75 milliards d’euros d’investissement dans des centres de données dans les Hauts-de-France. Un an plus tôt, le projet Campus IA promettait déjà 50 milliards d’euros en Seine-et-Marne.
Ces annonces sont mises en avant par Emmanuel Macron dans un pays qui compte déjà environ 350 data centers. Ce sont ces infrastructures qui stockent les données, font tourner Internet et fournissent la puissance de calcul utilisée par les outils d’intelligence artificielle. Les montants impressionnent, clairement. L’emploi, c’est une autre histoire.
Le secteur avance 50.000 postes directs à la fin de la décennie
D’après le baromètre 2025 de France Data center et du cabinet EY, la filière vise 50 000 emplois directs en 2030, avec plus de 90 % en CDI. Aujourd’hui, différentes sources du secteur évaluent à environ 11 300 les postes déjà existants, et à près de 28 000 ceux qui pourraient être créés d’ici à la fin de la décennie.
Les besoins se concentrent surtout en Île-de-France et autour d’Aix-Marseille. On parle de métiers très qualifiés, depuis les chargés aux comptes jusqu’aux ingénieurs, techniciens et spécialistes de l’exploitation.
Les critiques visent surtout les méthodes de comptage
Mais plusieurs voix nuancent ces projections. Le sociologue Loup Cellard, du Laboratoire Interdisciplinaire des Sciences du Numérique (LISN), estime que les opérateurs ont tendance à gonfler les retombées locales en mélangeant plusieurs catégories : les emplois directs, les postes chez les prestataires, et ceux liés au chantier, beaucoup plus nombreux que ceux de la phase d’exploitation.
Il résume le problème ainsi : « Les opérateurs de data centers ont tendance à présenter des retombés en matière d’emplois locaux disproportionnés. » Pour illustrer son propos, il cite le site Data 4 du Campus de Marcoussis. Sur 133 hectares, le site annonce 1.100 personnes au total, mais seulement 15 % relèveraient de Data 4 lui-même, soit 165 emplois. D’après lui, cela revient à environ 8 personnes par bâtiment si l’on compte 20 bâtiments. À surface comparable, une société de logistique emploierait plutôt 300 à 400 personnes.
Le vrai sujet, c’est le rendement en emplois de chaque euro investi
Le secteur met en avant une valeur ajoutée pouvant atteindre 121 000 euros par emploi et par an, davantage que l’industrie alimentaire, à 70.000 euros, ou l’automobile, à 89.000 euros. Il affirme aussi qu’un emploi direct peut générer 1,5 emploi indirect.
Sauf que le propre baromètre de EY-Parthenon, fondé sur des données de l’Insee, donne un résultat plus bas pour 2024 : 0,61 emploi indirect ou induit pour chaque emploi direct, avec 18 400 emplois indirects ou induits pour 30 000 emplois directs. Bref, les data centers attirent des milliards. Ce que cela change pour un territoire, en nombre d’emplois, reste beaucoup plus serré que ne le suggèrent les annonces.
