L’économiste Thomas Piketty veut refondre la taxe foncière en taxant le patrimoine net, crédit déduit. Une piste qui toucherait directement des millions de propriétaires.
En bref
- Thomas Piketty attaque la taxe foncière actuelle
- Il propose de taxer le patrimoine net
- Les très grandes fortunes seraient aussi visées
Selon Thomas Piketty, sa réforme ferait baisser la taxe foncière pour 90 % des Français. C’est l’argument qui frappe, parce qu’il parle tout de suite au portefeuille des ménages déjà pris entre mensualités de crédit et impôts locaux.
Invité sur BFMTV, l’économiste a dénoncé un impôt qu’il juge « extrêmement injuste ». Son idée n’est pas de corriger à la marge le système actuel, mais de le remplacer par un dispositif progressif fondé sur le patrimoine net, donc après déduction des emprunts.
Une promesse massive pour les propriétaires endettés
Ce que vise Thomas Piketty, ce sont d’abord les propriétaires qui remboursent encore leur logement. Dans son raisonnement, ils supportent aujourd’hui une charge fiscale qui ne reflète pas leur richesse réelle. Vous avez un bien, oui, mais si une grande partie appartient encore à la banque, la photo patrimoniale n’est pas la même.
C’est là que sa promesse prend de l’ampleur. Il avance qu’une telle refonte allégerait la note pour une très large majorité de foyers, en particulier les classes moyennes et les jeunes acheteurs.
Pourquoi la taxe foncière est dans le viseur
Le reproche central tient en peu de mots. La taxe foncière ne regarde pas la situation financière réelle du contribuable. Thomas Piketty a résumé cela ainsi : « Souvent, vous ne possédez rien, vous remboursez un emprunt ».
Autre critique, plus technique mais importante, l’impôt repose sur des valeurs locatives cadastrales souvent déconnectées du marché. Résultat, deux propriétaires dans des situations patrimoniales très différentes peuvent se retrouver frappés par une logique assez aveugle. Et ça, quand même, nourrit le sentiment d’injustice fiscale.
Le basculement vers un impôt sur le patrimoine net
La mécanique proposée est simple sur le papier. On partirait de la valeur marchande du bien, puis on retirerait le capital restant dû. L’assiette imposable ne serait donc plus une valeur forfaitaire, mais la richesse effectivement accumulée.
L’exemple avancé est parlant. Pour une maison de 300 000 euros avec 200 000 euros de crédit encore en cours, l’impôt serait calculé sur 100 000 euros. Pas sur la valeur brute du logement. En gros, la réforme déplacerait l’effort fiscal vers les patrimoines déjà constitués.
Une contribution ciblée sur les très grandes fortunes
Thomas Piketty ne s’arrête pas aux impôts locaux. Il défend aussi un impôt de solidarité nationale pour les très hauts patrimoines, avec une contribution exceptionnelle de 50 % sur l’enrichissement des fortunes de plus de 100 millions d’euros depuis 2017.
Pour limiter l’exil fiscal, il évoque un calcul proratisé. Une personne ayant vécu 60 ans en France avant de partir en Suisse serait taxée sur 60/61e de son patrimoine. L’argent servirait, selon lui, à alimenter un fonds souverain destiné à financer les investissements d’avenir et à reprendre le contrôle de l’économie.
Ce que ça change pour vous, à ce stade, reste surtout politique. La proposition remet sur la table une question très concrète, qui paie quoi quand on possède un logement, mais pas encore tout à fait la richesse qui va avec ?