Records boursiers en Europe, alors que canicules et sécheresses coûtent déjà cher. Les marchés regardent surtout les profits à court terme.
En bref
- Les Bourses européennes ont battu des records
- La chaleur coûte déjà des milliards
- Le climat reste sous-pondéré par les marchés
10 à 15 milliards d’euros. C’est le coût attendu des canicules à répétition en France, d’après la ministre de la Transition écologique Monique Barbut. Et pourtant, au même moment, les marchés d’actions européens continuent d’envoyer un message tout autre.
Entre le 3 et le 11 août, les indices de Paris, Francfort, Madrid et Milan ont signé des sommets historiques. Le contraste est rude. D’un côté, des incendies, des sécheresses, des fleuves qui s’assèchent et des transports perturbés. De l’autre, des records boursiers, comme si le risque climatique pouvait encore attendre.
Une facture bien réelle, mais pas encore dans les cours
L’économie, elle, commence déjà à payer. En France, malgré ce coût climatique annoncé, la croissance est restée légèrement positive au deuxième trimestre, à +0,2 %. Ce petit chiffre compte, parce qu’il montre une chose simple: l’activité tient encore, même quand les dommages montent.
C’est sans doute une partie du problème. Tant que la machine ne cale pas franchement, le marché regarde ailleurs. Pas de quoi paniquer pour les investisseurs, en gros. Pas tout de suite.
Les marchés regardent surtout les profits du moment
Ce qui a porté les places européennes, ce sont d’abord les très bons résultats des entreprises au deuxième trimestre. Malgré le choc extérieur lié à la guerre au Moyen-Orient, la dynamique des bénéfices a pris le dessus.
L’analyste Florian Ielpo, de la banque suisse Lombard Odier, résume l’état d’esprit actuel: la saison des résultats est très forte, et la préoccupation numéro un sur l’inflation reste surtout liée à la situation en Iran. Dans ce cadre, le réchauffement climatique passe au second plan.
Même constat chez John Plassard. Selon lui, les entreprises, qu’elles soient dans la tech ou la pharmacie, ne parlent pas aujourd’hui de la canicule. Résultat? Ce risque reste peu visible dans les anticipations de court terme.
La Bourse raisonne à deux ou trois ans, pas à quinze
Mercredi, l’analyste Ipek Ozkardeskaya, chez Swissquote, s’étonnait de voir les prévisions de bénéfices du Stoxx 600 continuer à grimper alors que les températures anormalement élevées aggravent déjà les difficultés en Europe.
Le fond du sujet est là. Les marchés financiers restent, selon les analystes, « enclins à la myopie ». Ils intègrent surtout des risques à deux ou trois ans, alors que le climat avance sur un autre calendrier.
À l’échelle de cinq à quinze ans, la liste des secteurs exposés est longue: assurance, agriculture et alimentation, transports, énergie, tourisme, immobilier, industrie ou chimie. Le changement climatique pourrait freiner à la fois la productivité et la croissance, tout en renchérissant durablement l’alimentation, l’énergie, les assurances et les infrastructures. Pour vous, ça veut dire une pression plus large sur les prix, donc sur l’inflation, et potentiellement sur les finances publiques si les États doivent dépenser davantage et s’endetter plus.