La nationalisation totale d’EDF laisse la Cour des comptes pleine de doutes

Image d'illustration. BudgetADN
La Cour des comptes exprime de fortes réserves concernant la décision de l’État de porter sa participation dans EDF à 100 %. L’institution souligne les incertitudes et risques associés à cette nationalisation totale du géant français de l’énergie.
Tl;dr
- Nationalisation d’EDF jugée coûteuse et peu justifiée.
- Avantages réels pour l’État encore difficiles à identifier.
- L’endettement d’EDF reste très élevé malgré l’opération.
Une opération à la légitimité contestée
La décision de porter l’État au capital de EDF à hauteur de 100 % en 2022, un choix motivé par la crise énergétique et la relance du nucléaire voulues par Emmanuel Macron, fait aujourd’hui l’objet de sérieuses interrogations. Dans un rapport dévoilé jeudi, la Cour des comptes pointe le coût considérable de cette nationalisation – près de 9,7 milliards d’euros – sans en discerner nettement les bénéfices. « L’opération n’a pas démontré sa nécessité absolue », jugent les Sages de la rue Cambon, qui rappellent que l’État détenait déjà 84 % du capital avant ce rachat total.
Un contexte tendu, mais des justifications fragiles
Lorsque cette prise de contrôle s’est opérée, EDF traversait une zone de turbulences : dettes lourdes, retards à Flamanville et problèmes techniques sur le parc nucléaire. Parallèlement, l’invasion de l’Ukraine par la Russie provoquait une crise inédite sur le marché de l’énergie. Pourtant, selon la Cour, « ni les impératifs de souveraineté ni ceux du financement ou du pilotage n’exigeaient absolument un passage à 100 % ». Une affirmation qui remet en perspective les arguments avancés alors par Elisabeth Borne, Première ministre à l’époque.
Bénéfices concrets : un bilan encore flou
Quatre ans après la nationalisation, force est de constater que ses fruits restent incertains. Certes, quelques effets positifs émergent :
- Légère amélioration de la note de dette d’EDF.
- Marge financière accrue pour l’entreprise publique.
Mais pour la Cour des comptes, « les avantages réels retirés par l’État sont difficilement identifiables au regard des sommes engagées ». La dette du groupe demeure conséquente : environ 65 milliards d’euros en 2022 contre 51,5 milliards prévus en 2025 – un recul qui ne dissipe pas toutes les inquiétudes.
Dépenses publiques sous tension et choix contestés
Dernier point critique relevé par les magistrats financiers : le coût payé par l’État. L’offre fixée à 12 euros par action dépassait nettement le prix moyen constaté en Bourse (8,27 euros), questionnant ainsi le montant déboursé. Ce choix survient dans une période où les finances publiques sont déjà fragilisées. Reste donc, selon la Cour des comptes, à évaluer sur la durée si ce pari audacieux s’avérera réellement pertinent pour le secteur énergétique français.
