Bruxelles lance un plan ambitieux pour dynamiser la production « Made in Europe »

Image d'illustration. Gros plan du drapeau de l'union européenneADN
La Commission européenne présente une série d’initiatives destinées à renforcer la production et l’innovation industrielles sur le continent, avec pour ambition de stimuler la compétitivité des entreprises européennes face aux défis économiques mondiaux.
Tl;dr
- Bruxelles propose une loi pour renforcer le « Made in Europe ».
- Objectif : 20 % d’industrie dans le PIB européen en 2035.
- Des mesures protectionnistes ciblent surtout l’automobile et l’énergie.
Un virage industriel assumé à Bruxelles
Sous la pression de l’évolution géopolitique mondiale, la question de la réindustrialisation européenne revient en force à Bruxelles. Mercredi, la Commission européenne, sous l’impulsion du vice-président Stéphane Séjourné, a dévoilé sa nouvelle proposition de loi dite d’« accélération industrielle ». Cette initiative survient alors que les tensions au Moyen-Orient et le retour de Donald Trump aux commandes des États-Unis ravivent les craintes liées à la dépendance économique du continent.
Une « préférence européenne » assumée mais limitée
Chose impensable il y a peu encore, la notion de préférence européenne fait désormais son chemin. Pour les secteurs jugés stratégiques, comme l’automobile ou l’énergie décarbonée, Bruxelles souhaite réserver les fonds publics aux acteurs qui s’engagent à utiliser un quota minimum de composants issus d’Europe. Comme le précise Séjourné : « L’argent du contribuable doit d’abord profiter à la production européenne et aux emplois en Europe… nous assumons une préférence européenne lorsque l’argent public est en jeu. »
En pratique, cette nouvelle doctrine – ardemment soutenue par la France – n’a pas été adoptée sans mal. Les négociations furent longues entre les Vingt-Sept, certains pays comme l’Allemagne ou les États nordiques se montrant initialement réticents. Pour aboutir à un compromis, l’exécutif européen a dû revoir ses ambitions à la baisse et cibler plus strictement les filières concernées.
Secteurs ciblés et dispositifs concrets
La liste des industries prioritaires s’articule autour de quelques pôles clés :
- L’automobile, avec une exigence accrue en composants locaux pour accéder aux subventions publiques.
- L’énergie décarbonée, incluant panneaux solaires, batteries, pompes à chaleur ou encore nucléaire.
- BTP, où ciment et aluminium « Made in EU » deviennent incontournables pour toucher des fonds européens.
À noter cependant que l’acier n’est soumis qu’à une obligation de faible émission carbone, au grand dam des sidérurgistes européens. La filière chimique devra patienter pour rejoindre ce dispositif.
Périmètre élargi et rivalités mondiales en toile de fond
Pour éviter tout risque de représailles commerciales ou désorganisations majeures dans les chaînes d’approvisionnement, Bruxelles a choisi d’ouvrir la porte à certains partenaires extérieurs – tels que le Royaume-Uni ou le Canada –, sous conditions strictes. L’objectif affiché est clair : « ramener l’industrie à 20 % du PIB européen d’ici à 2035… contre 14 % aujourd’hui. »
Dans ce contexte, si la Chine n’est jamais citée explicitement dans le texte, elle reste bel et bien dans le viseur des nouvelles exigences européennes qui imposent aussi davantage de retombées locales – notamment en matière d’emploi et de recherche – pour les entreprises étrangères souhaitant investir sur le continent.
Reste maintenant à voir comment ce projet sera accueilli par les États membres et le Parlement européen lors des prochaines étapes décisives.
