Les plus grands groupes français jugent la surtaxe d’impôt sur les sociétés trop lourde. Leur demande pèse déjà sur le débat du budget 2027.
En bref
- 117 groupes demandent la fin de la surtaxe
- Leur impôt sur les sociétés a bondi
- Le budget 2027 est directement visé
Avant même la bataille parlementaire sur le budget 2027, un chiffre donne le ton. Les 117 groupes réunis par l’Afep disent avoir versé 96 milliards d’euros de prélèvements obligatoires en 2025, en additionnant fiscalité et cotisations patronales. À cette échelle, le débat n’est plus seulement technique. Il devient politique, industriel, et très concret pour la trajectoire fiscale de la France.
Des chiffres massifs, et un message politique derrière
Dans le document annuel présenté par l’Afep, ces entreprises, qui emploient 2 millions de personnes en France, détaillent leur contribution économique et sociale pour 2025. Les salaires au sens large, avec impôts et charges payés par les salariés, cotisations patronales pour 48 milliards et épargne salariale, atteignent 172 milliards d’euros. Cela représente 58 % de la valeur ajoutée produite dans le pays.
L’investissement arrive à 59 milliards d’euros, soit 20 % de cette valeur ajoutée. Les dividendes versés et les rachats d’actions pèsent 16 milliards, soit 5 %. Le message de l’Afep est limpide, même si on peut discuter l’angle choisi: ces grands groupes veulent montrer qu’ils financent d’abord l’emploi, puis l’investissement, bien avant la rémunération de l’actionnaire.
Pourquoi la surtaxe cristallise le bras de fer
Le vrai point de friction, c’est la surtaxe d’impôt sur les sociétés créée en 2025 pour les groupes réalisant au moins 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires. D’après l’Afep, l’impôt sur les sociétés payé par ses membres a atteint 16,7 milliards d’euros en 2025, soit 24 % de l’IS total en France, contre 18 % en 2024.
L’association parle d’un choc fiscal de 9 milliards d’euros de prélèvements obligatoires supplémentaires l’an dernier. Elle ajoute que 6 milliards auraient pu aller à la rémunération des salariés. Là, il faut garder une nuance utile: c’est un argument patronal, pas une mécanique automatique. Entre corrélation et causalité, il y a toujours un écart.
Selon l’Afep, cette surtaxe a fait passer le taux d’IS acquitté par les grandes entreprises de 25 % à 36,1 %. Bruno Clément-Ziza a même comparé ce niveau à celui de Porto Rico, à 37,5 %, et du Surinam, à 36 %, alors que la moyenne européenne est donnée à 22 %.
Le budget 2027 devient un test de compétitivité
Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit déjà une réduction de cette surtaxe. La gauche la critique, mais du côté de l’Afep, cela ne suffit pas vraiment: Bruno Clément-Ziza plaide pour sa disparition et pour un alignement sur la moyenne européenne.
Même tonalité chez Nicolas Ragache. L’économiste de l’association explique que les membres de l’Afep veulent rester en France, mais que le niveau des prélèvements entre dans les décisions stratégiques, y compris pour choisir un lieu d’implantation.
Ce que ça change pour vous? Pas une baisse d’impôt demain matin, clairement. Mais un signal fort pour le débat budgétaire: la fiscalité des grandes entreprises est déjà en train de devenir l’un des arbitrages les plus sensibles du budget 2027.