Face à la crise du logement, les locations de passoires thermiques en question

Image d'illustration. Clé logementADN
Face à la crise du logement, de nombreux biens aux faibles performances énergétiques continuent d’être loués malgré les restrictions croissantes. Cette tendance interroge sur l’efficacité des mesures prises pour améliorer la qualité du parc locatif.
Tl;dr
- Le gouvernement veut relouer des « passoires thermiques » sous conditions.
- Crise aiguë sur le marché locatif, offres en forte baisse.
- La mesure est jugée transitoire, pas une solution durable.
Un retour controversé des « passoires thermiques » sur le marché
Dans le contexte d’une tension extrême sur le marché locatif, le gouvernement vient de dévoiler son projet de loi « logement ». Au cœur du débat, une mesure fait particulièrement parler d’elle : la possible réintroduction à la location des logements énergivores, dits « passoires thermiques », à condition que les propriétaires s’engagent à effectuer des travaux dans un délai précis. Une volte-face qui bouscule les ambitions écologiques affichées ces dernières années.
Une crise du logement accentuée par la réglementation énergétique
Depuis quelques années, l’interdiction progressive de louer les logements classés F et G au DPE a entraîné une raréfaction drastique de l’offre, en particulier dans les grandes agglomérations comme Paris. Selon l’Ademe, près d’un logement parisien sur cinq appartient à cette catégorie. Conséquence directe : files d’attente interminables pour chaque bien mis en location, critères de sélection drastiques, et désengagement massif des bailleurs. Comme le constate Nicolas Jeffs, agent immobilier suivi sur les réseaux sociaux : « Aujourd’hui, on demande parfois plus d’informations à un locataire qu’à un acheteur ».
Les professionnels du secteur citent plusieurs facteurs aggravants :
- Taux d’intérêt élevés décourageant l’investissement locatif.
- Encadrement des loyers limitant la rentabilité.
- Normes environnementales complexifiant la gestion des biens.
Soulagement ou simple report des difficultés ?
En réponse à cette pénurie criante, la nouvelle orientation proposée donnerait aux propriétaires trois à cinq ans pour engager des rénovations énergétiques, tout en maintenant leur droit de mise en location. Pour Zahir Keenoo, président de Foncia ADB, il s’agit là d’une « avancée réaliste », surtout dans les copropriétés où obtenir un consensus relève souvent du casse-tête.
Toutefois, nombre d’observateurs se montrent prudents. « Cela va redonner un peu de fluidité sans trahir l’ambition écologique », tempère ainsi David Benbassat, patron de Bien’ici. Mais il rappelle que la tension reste si forte que le retour temporaire des passoires thermiques ne suffira sans doute pas à résorber totalement la crise.
Des associations sceptiques face aux garanties apportées
Si certaines associations comme la Fondation pour le logement des défavorisés tolèrent l’idée d’un délai supplémentaire, elles insistent pour que l’engagement en faveur de la rénovation soit strictement encadré. Elles redoutent un simple effet d’annonce ou un report qui ne profiterait ni aux locataires ni au climat. Dernier point d’interrogation : le devenir politique du texte après 2027 pourrait bien tout remettre en question.
