Face à la polémique, Gérald Darmanin abandonne l’idée de supprimer les paiements en espèces

Image d'illustration. Argent monnaieADN
Après avoir évoqué la possible disparition des paiements en espèces, Gérald Darmanin revient sur ses propos et assure que le gouvernement n’a pas l’intention de supprimer l’utilisation de l’argent liquide en France.
Tl;dr
- Idée d’abolir l’argent liquide pour lutter contre le trafic.
- Le projet abandonné, jugé irréaliste à court terme.
- Libertés individuelles et contraintes pratiques évoquées.
Retour sur une proposition choc
Lors d’une récente audition devant la commission d’enquête du Sénat sur la délinquance financière, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, avait jeté un pavé dans la mare en suggérant purement et simplement de supprimer les billets et pièces. L’objectif affiché : enrayer le trafic de drogue et tarir les réseaux criminels en leur coupant l’accès à l’argent liquide. Selon lui, une part majeure des fraudes et délits quotidiens s’appuient encore sur des flux d’espèces difficilement traçables.
Réalités économiques et sociales en question
Pourtant, ce vendredi matin, changement de ton. Interrogé au micro de RTL, le ministre de la Justice a nettement tempéré cette ambition : « On ne va pas le faire, parce qu’il faut des moyens, du temps et de l’argent pour ça. Je n’en ai aucun des trois ». Évoquant l’absence d’une majorité politique suffisante et le manque de débat national – typiquement lors d’une présidentielle –, il a pointé du doigt les finances publiques françaises, peu compatibles avec une telle transformation. Sans oublier les conséquences concrètes pour les personnes âgées ou les petits commerçants qui dépendent encore largement du numéraire.
Des exemples à l’étranger… mais un équilibre à trouver
L’idée de tourner la page du cash n’est pourtant pas inédite. D’autres nations, notamment au Moyen-Orient et en Asie, ont déjà franchi le pas. Toutefois, comme le rappelle Darmanin, « L’une des difficultés de la délinquance financière organisée, c’est que nous n’arrivons pas à retracer les flux d’argent ». Sur les quatre à six milliards d’euros issus chaque année du trafic de drogue selon ses estimations, seules quelques poignées de millions seraient effectivement saisies par la justice.
L’argent liquide : entre risques et libertés fondamentales
Faut-il alors vraiment bannir totalement les espèces ? Si certains avancent que cette suppression renforcerait la lutte contre la criminalité organisée, le débat touche aussi à des questions sensibles de société. Le ministre admet : « L’argent liquide a d’autres avantages, notamment pour préserver la liberté individuelle ; où l’État ne regarde pas tout, à tout moment. » Un équilibre subtil entre lutte contre la fraude et respect des libertés fondamentales demeure donc au cœur du débat.
Difficile aujourd’hui d’imaginer une réforme aussi radicale s’imposer dans un pays où l’usage des espèces reste profondément ancré dans certaines pratiques quotidiennes.
