La disparition de MaPrimeRénov’ mettrait en péril 10 000 postes dans le secteur

Image d'illustration. Des ouvriers travaillent sur le chantier d'une maisonADN
L’arrêt potentiel de MaPrimeRénov’, principal dispositif d’aide à la rénovation énergétique des logements, inquiète le secteur du bâtiment : selon les professionnels, près de 10.000 emplois seraient en jeu si cette mesure venait à disparaître.
Tl;dr
- Suspension de MaPrimeRénov’, vives réactions du secteur.
- Risques pour l’emploi et l’activité des artisans du bâtiment.
- Doute sur la gestion gouvernementale face aux fraudes.
Une décision qui secoue tout un secteur
L’annonce de la suspension temporaire du dispositif MaPrimeRénov’, rendue publique mercredi par le gouvernement, a eu l’effet d’une déflagration dans le monde de la rénovation énergétique. Dès les premières heures, une vingtaine de fédérations professionnelles, rassemblant aussi bien les acteurs du chauffage, que de l’électricité ou du génie climatique, ont exprimé leur « stupéfaction » et fait part de leurs « inquiétudes ». L’organisation d’une réunion prévue au ministère de l’Économie a été jugée « sans objet désormais », tant la mobilisation se veut forte : c’est auprès du Premier ministre, François Bayrou, qu’elles réclament désormais audience.
L’inquiétude grandit chez les professionnels du bâtiment
Le climat est tendu. Du côté de la Fédération française du bâtiment (FFB), son président Olivier Salleron ne cache ni sa colère ni ses craintes. À ses yeux, cette suspension apparaît « injustifiable, inqualifiable » et pourrait mettre « sur le carreau 100.000 salariés du secteur ». Les organisations rappellent qu’en l’absence de stabilité et de simplification pour ce dispositif essentiel, ce sont des milliers d’entreprises – installateurs, artisans et distributeurs – qui se retrouvent fragilisées. Il faut dire que la rénovation énergétique représente aujourd’hui près de 30 % de l’activité des adhérents FFB, impliquant quelque 600.000 salariés. L’exaspération s’exprime à voix haute : « Trop c’est trop, on ne va pas se laisser crever sans rien dire », martèle Olivier Salleron.
Mouvements sociaux en préparation
Face à cette situation explosive, la riposte s’organise. La FFB, lors de son congrès national le 13 juin prochain, prévoit d’arrêter les mesures à prendre. Déjà circulent des mots comme manifestation ou blocages stratégiques – jusqu’au montage de grues dans certains lieux clés. Chez les artisans, même tonalité combative : la Capeb évoque la préparation d’« un mouvement pour réagir fortement et dire notre mécontentement », selon son président Jean-Christophe Repon. Bref, le secteur se tient prêt à hausser le ton.
Derrière la suspension : fraudes et embouteillage administratif
Qu’est-ce qui justifie ce coup d’arrêt ? Selon le ministère chargé du Logement et le ministre de l’Économie Eric Lombard, il s’agirait avant tout d’un afflux massif de demandes couplé à une hausse notable des fraudes : « Dossiers suspicieux : 16.000 soit 12 % du stock actuel », avance-t-il. Reste que seuls les nouveaux dossiers sont concernés ; ceux déposés auparavant seront instruits normalement avec une volonté affichée d’accélérer leur traitement.
Certains acteurs expriment néanmoins leurs réserves quant à cette gestion gouvernementale. D’un côté, « L’État n’est pas à la hauteur des enjeux sociaux, énergétiques et écologiques actuels », tacle ainsi Vincent Legrand, président de Dorémi. De l’autre, on craint un frein brutal sur les projets déjà engagés : « S’ils n’ont plus accès à MaPrimeRénov’, beaucoup renonceront à rénover leur logement énergivore faute de moyens suffisants », alerte Christophe Perrier (Elaborplan).
Derrière cette crise soudaine affleure une préoccupation plus large : comment concilier lutte contre la fraude et soutien pérenne au secteur clé qu’est celui de la rénovation énergétique ?
