Pourquoi ne pas devenir l’entraîneur humain derrière la prochaine génération d’intelligences artificielles ?

Image d'illustration. Intelligence artificielle 1ADN
La montée en puissance de l’intelligence artificielle crée de nouvelles opportunités professionnelles. De plus en plus d’entreprises recrutent des personnes pour former, corriger ou guider ces technologies, même sans compétences techniques avancées.
Tl;dr
- Uber propose des micro-tâches pour entraîner l’IA.
- La qualité et la sécurité des données deviennent cruciales.
- Vers de nouveaux métiers autour du contrôle de l’IA.
L’émergence de nouveaux métiers liés à l’IA
L’évolution de l’intelligence artificielle s’invite désormais dans le quotidien des travailleurs, mais pas forcément là où on l’attendait. Dernière initiative en date : Uber vient d’annoncer, le 16 octobre, vouloir confier à ses chauffeurs et livreurs une palette de micro-tâches liées à l’entraînement des IA. Qu’il s’agisse d’enregistrer une voix, saisir un menu ou encore vérifier un itinéraire généré par un algorithme, la tâche consistera essentiellement à « baby-sitter une IA dans son apprentissage ».
Ce glissement n’est pas anodin : dans un secteur où les véhicules autonomes s’imposent peu à peu – notamment aux États-Unis –, la question du devenir des millions de travailleurs VTC et livreurs se pose. Il faudra donc trouver une nouvelle valeur ajoutée à ce vivier, toujours sans leur accorder le statut de salarié.
Données : enjeux croissants de qualité et de sécurité
Mais si ces tâches se multiplient, c’est que le fonctionnement même des modèles d’intelligence artificielle dépend entièrement de la qualité des données sur lesquelles ils s’appuient. Antonin Bergeaud, professeur associé au département d’économie de HEC Paris, souligne : « L’un des enjeux va être de contrôler la qualité et d’intégrer du jugement humain dans la masse de données utilisées. » La compétition pour créer le meilleur modèle renforce donc la valeur stratégique des données « qualitatives ».
Ce n’est pas tout. Avec l’essor du secteur, les risques montent également. Une récente étude signée Anthropic alerte sur le danger posé par les « données empoisonnées », capables d’offrir des portes d’entrée à des acteurs malveillants ou encore menacer la confidentialité.
Un marché du travail en mutation
Face à ces besoins croissants, qui sera chargé demain d’alimenter et surveiller les IA ? Selon Alain Goudey, professeur à Neoma, on voit poindre un nouveau type d’emploi : celui de « tuteur » ou guide pour modèles d’intelligence artificielle. Jusqu’ici, ce travail était souvent délocalisé vers des pays où la main-d’œuvre coûte moins cher – comme le montrent les collaborations passées entre OpenAI et certaines entreprises kenyanes.
Toutefois, chacun contribue déjà indirectement à cette évolution : en résolvant un captcha ou signalant une réponse inadaptée sur ChatGPT, nous participons tous, peu ou prou, au raffinage continu des algorithmes.
Métamorphose professionnelle… mais jusqu’où ?
Mais peut-on vraiment envisager une carrière entière centrée sur ces tâches ? La question divise. Selon Bergeaud, seule une minorité – qualifiée et assistée par l’IA elle-même – pourra espérer trouver là un nouvel élan professionnel. Ainsi émergent déjà quelques intitulés plus valorisants :
- Ingénieur en prompt
- Ingénieur en données de contexte IA
Sur LinkedIn, il faut bien l’avouer : cela sonne effectivement plus flatteur que « livreur de repas ».
