Sept lauréats du prix Nobel d’économie appellent la France à instaurer un impôt ciblant les grandes fortunes, estimant qu’une telle mesure permettrait de lutter contre les inégalités et de mieux financer les services publics essentiels.
- Sept Nobel d’économie soutiennent une « taxe Zucman » en France.
- Les ultrariches français paient peu d’impôts sur leur patrimoine.
- La France incitée à montrer l’exemple mondialement.
Un appel sans précédent de sept Prix Nobel
En ce début de semaine, un collectif inédit de sept lauréats du prix Nobel d’économie a fait entendre sa voix dans les colonnes du quotidien Le Monde. Tous, de Daron Acemoglu à Paul Krugman, en passant par Esther Duflo, appellent la France à franchir un cap décisif : instaurer un impôt minimum sur les plus grandes fortunes, sur le modèle de la fameuse « taxe Zucman ». Une proposition déjà discutée mais récemment écartée par le Sénat, alors même que l’Hexagone cherche activement de nouvelles recettes.
L’argument des économistes : une urgence face à l’optimisation fiscale
Selon ces spécialistes, la situation française mérite une attention toute particulière. Ils pointent le paradoxe suivant : les ultrariches français sont aujourd’hui bien plus prospères que leurs pairs ailleurs. Alors que, selon le magazine Forbes, les milliardaires mondiaux détiennent un patrimoine équivalent à 14 % du PIB planétaire, ceux domiciliés en France totalisent près de 30 % du PIB national. Pourtant, ces derniers échappent en grande partie à l’impôt. Comme le rappellent les Nobel dans leur tribune : « Des recherches pionnières menées en partenariat avec les administrations fiscales démontrent que ces ultrariches paient entre 0 % et 0,6 % de leur patrimoine en impôt sur le revenu ; environ 0,1 % pour la France ». Ces taux demeurent très inférieurs à ceux acquittés par la classe moyenne ou les cadres supérieurs.
Taxe Zucman : efficacité et débat houleux
Pour ces économistes reconnus mondialement, l’efficacité d’un tel impôt ne fait guère de doute. L’objectif affiché est double :
- Lutter contre toutes formes d’optimisation fiscale, quelles qu’elles soient.
- Cibler principalement les contribuables ultra-fortunés adeptes des montages sophistiqués.
La récente proposition inspirée par l’économiste Gabriel Zucman, adoptée par l’Assemblée nationale puis rejetée au Sénat en juin, visait précisément à instaurer une « contribution différentielle » pour s’assurer que chaque ultra-riche paie au moins 2 % de son patrimoine. Un projet qui a suscité débats passionnés parmi experts et élus.
Pionnier ou suiveur ? Le choix stratégique pour la France
Alors que des discussions émergent au niveau international – notamment lors du dernier G20 – sur un possible impôt mondial minimal pour milliardaires, les auteurs insistent : il n’est plus temps d’attendre un consensus global. « L’histoire montre que la France peut ouvrir la voie, comme elle l’a fait avec la TVA en 1954. » Pour eux, lancer un tel dispositif serait aussi l’occasion pour Paris de retrouver une position d’exemple dans la lutte contre l’inégalité patrimoniale et l’optimisation fiscale systémique.