À Bordeaux, les taxes américaines menacent l’activité économique des professionnels du vin

Image d'illustration. Verre à vin vide et bouteille à moitié vide au crépuscule d ÉtéADN
À Bordeaux, les professionnels du secteur viticole s’inquiètent des répercussions économiques liées à l’augmentation des droits de douane imposés par les États-Unis, redoutant une baisse des exportations et un impact direct sur leur chiffre d’affaires.
Tl;dr
- Les vins européens frappés par une taxe américaine de 15 %.
- Impact direct sur les exportations et la clientèle américaine.
- Professionnels cherchent à diversifier leurs marchés face à la crise.
Un secteur sous pression : la taxe américaine frappe fort
L’annonce est tombée comme un couperet pour le secteur des vins et spiritueux européens. Désormais, tous les produits de cette filière exportés vers les États-Unis seront soumis à un droit global de 15 %. Pour nombre d’acteurs, le constat est sans appel. Gabriel Picard, président de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS), ne cache pas son inquiétude : « L’application de ces droits n’apporte qu’une seule certitude, celle d’une période extrêmement difficile pour tous les exportateurs français et européens. »
Bordeaux, première ligne du front commercial
Pour la région bordelaise, l’impact se fait déjà sentir. Aux yeux de Christophe Chateau, directeur communication du CIVB, impossible d’ignorer l’évidence : « Nous sommes certains que notre business sera impacté. » En effet, les États-Unis représentent le premier débouché à l’export pour le Bordelais, pesant jusqu’à 20 % des ventes hors France. Plusieurs professionnels se montrent partagés quant à l’ampleur des dégâts : certains relativisent en rappelant que le gouvernement de Trump avait menacé par le passé de taxes douanières bien plus élevées (jusqu’à 200 %), mais d’autres refusent d’y voir une consolation. Selon M. Chateau, « même si ce n’est pas catastrophique, cela reste une mauvaise nouvelle », d’autant que la faiblesse du dollar face à l’euro renchérit encore davantage les prix pour le consommateur américain.
Anticipation des importateurs américains et conséquences sur la clientèle
Fait marquant : beaucoup d’importateurs américains avaient anticipé cette hausse en constituant des stocks importants ces derniers mois. Comme l’indique Michel Marengo, propriétaire du château Hourtin-Ducasse, « notre dernière commande venant des États-Unis remonte au mois de septembre dernier ». Sur un an, Bordeaux a enregistré une progression atypique de +13 %, reflet d’une anticipation massive côté américain. Or, aujourd’hui, tous s’accordent à dire que les commandes vont se tarir pendant plusieurs mois.
Dans ce contexte tendu, plusieurs effets sont attendus :
- Hausse des prix pour le consommateur final estimée entre 20 et 30 % avec les marges cumulées.
- Difficultés accrues pour les vins d’entrée de gamme qui risquent de perdre leur clientèle traditionnelle.
- Même la clientèle aisée américaine pourrait revoir ses achats à la baisse.
Pistes d’espoir et adaptation forcée du secteur
Certes, tout n’est pas perdu : « Il faut dès à présent engager la discussion pour obtenir une exemption », plaide M. Picard de la FEVS. Mais selon Philippe Castéja (union des grands crus classés 1855), « cela risque de ne pas aller très vite ». D’ici là, beaucoup cherchent refuge ailleurs : cap sur l’Europe ou d’autres marchés étrangers pour amortir le choc – même si ces marchés sont eux-mêmes confrontés au ralentissement économique ou à une consommation morose.
Un rayon de soleil cependant : alors que démarre doucement la récolte dans le Bordelais, Christophe Chateau note avec soulagement que le millésime s’annonce « très prometteur ». De quoi donner un peu d’air aux vignerons dans cette tempête commerciale inédite.
