Le défi pour le vin français : remplacer le marché américain, une mission presque impossible

Image d'illustration. Collection raffinée de bouteilles de vinADN
Le marché américain représente un débouché essentiel pour la filière viticole française, en termes de volumes exportés et de valeur. Trouver des alternatives s’avère complexe face à l’importance économique et à la spécificité de cette clientèle.
Tl;dr
- Nouvelle taxe américaine de 15 % sur les vins européens.
- Le marché américain, vital et difficilement remplaçable.
- Hausse des prix pour consommateurs et filière fragilisée.
Un coup dur pour la filière française
En 2024, la mise en place d’une nouvelle taxe de 15 % par les États-Unis sur les vins et spiritueux européens a mis la filière française en difficulté. Jusque-là, les vins français étaient déjà soumis à un taux de 13,5 % depuis janvier – contre seulement 3,5 % auparavant –, mais les spiritueux, eux, étaient jusque-là épargnés. Désormais touchés à leur tour, producteurs comme exportateurs redoutent un effet domino sur l’ensemble de la chaîne.
L’importance stratégique du marché américain
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’Union européenne a exporté en un an pour près de 8 milliards d’euros d’alcools outre-Atlantique – dont plus de 5 milliards uniquement en vin. La France pèse à elle seule pour près de la moitié du gâteau européen avec ses 2,4 milliards d’euros de vins et 1,5 milliard de spiritueux écoulés aux États-Unis. Ce marché reste central pour plusieurs régions viticoles françaises. Ainsi, le champagne y écoule l’équivalent de 10 % de ses volumes exportés (soit environ 820 millions d’euros) ; Bordeaux s’appuie également fortement sur ce débouché : « On ne remplace pas un tel marché comme cela », glisse-t-on dans le secteur.
Diversification limitée et alternatives incertaines
La tentation est grande pour certains producteurs comme Sylvie Courselle, viticultrice à La Sauve (Gironde), d’élargir leur horizon. Elle rappelle qu’elle exporte déjà vers une vingtaine de pays : Grande-Bretagne, Japon ou Suisse notamment. Pourtant, même les pistes vers des marchés « émergents » – Indonésie, Inde ou Norvège – peinent à compenser la morosité générale : « Tous les marchés que nous prospectons sont devenus difficiles, entre consommation qui stagne et économie mondiale ralentie. »
Impact immédiat et perspectives incertaines
La hausse des droits de douane ne pénalisera pas seulement les professionnels français, mais aura aussi un impact direct sur le consommateur américain. Selon Philippe Castéja, le prix moyen d’une bouteille pourrait passer de 9,90 à près de 15 dollars. Au final :
- Pénalisation du consommateur américain, contraint de revoir son budget vin.
- Fragilisation des importateurs/distributeurs américains, moins enclins à investir dans des stocks coûteux.
Un point que ne sous-estime pas la filière hexagonale : « On croit encore aux États-Unis », admet Sylvie Courselle, tout en restant lucide sur l’absence d’« eldorado » ailleurs dans le monde. Reste que dans cet environnement instable et face au risque d’annulations en série, nombre d’acteurs du secteur s’interrogent désormais : jusqu’où ira le bras de fer commercial engagé ?
