Le pétrole continue de grimper, même après l’ouverture des réserves stratégiques mondiales

Image d'illustration. Vue large de pompes à essence dans une station service urbaineADN
Malgré l’ouverture des réserves stratégiques pour tenter de freiner la hausse, le baril de pétrole poursuit son envolée. Ce paradoxe s’explique par une demande soutenue et des inquiétudes persistantes sur l’approvisionnement mondial.
Tl;dr
- L’offre mondiale de pétrole fortement perturbée par la guerre.
- L’AIE libère un volume record de réserves, effet limité.
- Les prix du baril atteignent des sommets historiques.
Des prix du pétrole en pleine flambée
Depuis le début de la semaine, les tensions qui secouent le Moyen-Orient font grimper les cours du pétrole à des niveaux rarement atteints. Vers midi à Paris, le baril de Brent enregistrait une hausse spectaculaire de 5,45 % pour s’échanger à 96,99 dollars, après avoir brièvement franchi la barre symbolique des 100 dollars. L’équivalent américain, le West Texas Intermediate, n’était pas en reste avec une progression de près de 5 %, atteignant 91,51 dollars.
Cette envolée s’explique en grande partie par l’accumulation d’attaques sur les infrastructures pétrolières dans le Golfe, et surtout par le blocage du stratégique détroit d’Ormuz par l’Iran. Ce goulet d’étranglement voit habituellement transiter près de 20 % de la production mondiale. Résultat : plusieurs pays du Golfe doivent réduire leur extraction d’au moins dix millions de barils par jour, une chute décrite par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) comme « la plus importante perturbation » d’approvisionnement en or noir jamais enregistrée.
Libération historique des réserves stratégiques
Face à ces ruptures majeures dans la chaîne logistique mondiale, la seule anticipation d’une libération massive des stocks stratégiques a suffi à tempérer légèrement la volatilité des marchés au début de la semaine. Trente-deux pays membres de l’AIE ont annoncé un déblocage exceptionnel : quelque 400 millions de barils issus de leurs réserves nationales vont être progressivement mis sur le marché – un volume sans précédent selon l’institution.
Mais cette initiative reste insuffisante aux yeux des analystes. Les États-Unis fourniront seuls 172 millions de barils sur trois mois, soit environ 40 % de leurs réserves. Au total, cela correspondrait à une injection quotidienne estimée entre 1,4 et 3,3 millions de barils. Toutefois, Arne Lohmann Rasmussen (Global Risk Management) résume la situation en parlant d’une « goutte d’eau dans l’océan » face à l’ampleur du déficit causé par les blocages.
La guerre bouleverse tout équilibre énergétique
Le conflit ne cesse d’alimenter l’incertitude. Les frappes visant les infrastructures pétrolières se multiplient : Bahreïn a dénoncé dans la nuit une attaque iranienne contre ses réservoirs d’hydrocarbures, tandis qu’en Arabie saoudite, c’est le champ pétrolier stratégique de Shaybah qui a été ciblé à nouveau. À Oman aussi, des réservoirs brûlaient mercredi après une attaque menée par drone.
Le spectre d’une crise durable plane ainsi sur toute la région : selon John Evans (PVM), « les nouvelles ne donnent aucun signe que du pétrole traversera bientôt le détroit d’Ormuz ». Cette pression accrue sur les approvisionnements mondiaux n’est pas sans arrière-pensées politiques : Téhéran chercherait ainsi à peser sur la Maison-Blanche alors que se profilent les élections américaines.
Aucune issue proche en vue
L’espoir d’une résolution rapide paraît bien mince. Tandis que Téhéran affirme être prêt pour une « guerre longue », Donald Trump assure publiquement que celle-ci pourrait prendre fin « bientôt ». Pourtant, même côté israélien, on évoque encore disposer « d’un vaste réservoir de cibles » en Iran. Dans ce contexte tendu où chaque jour apporte son lot d’incertitudes géopolitiques et énergétiques, les consommateurs et industriels redoutent désormais une hausse durable des prix.
