Quinze ans de dons à la caisse : quel impact réel pour l’arrondi en supermarché ?

Image d'illustration. Une femme fait ses courses dans un hypermarché et paye avec des tickets restaurantADN
Depuis quinze ans, les clients de supermarchés peuvent arrondir leur addition pour soutenir des associations. Ce dispositif solidaire, devenu courant en caisse, suscite aujourd’hui un premier bilan sur son efficacité et l’adhésion des consommateurs.
Tl;dr
- Le don par arrondi récolte 13 millions d’euros en 2024.
- Près de la moitié des Français ont déjà participé.
- La sursollicitation peut lasser certains consommateurs.
Une générosité discrète mais massive en caisse
Les clients de supermarchés l’ont tous remarqué : juste après le bip final, avant de régler, une ultime demande surgit. Faut-il arrondir votre ticket à l’euro supérieur au profit d’une association ? Ce geste, presque imperceptible financièrement, mais hautement symbolique, s’est imposé dans le paysage commercial depuis quinze ans grâce à MicroDON. Cette société, qui détient le monopole du système en France, a permis de récolter près de 13 millions d’euros en 2024, un montant identique à celui de l’an passé malgré l’ombre persistante de l’inflation. Selon Gaëlle Mercier, directrice Marketing Communication & Fundraising chez MicroDON, l’ensemble des dons cumulés depuis 2010 dépasse désormais les 90 millions d’euros.
Démocratisation et succès du dispositif
Autrefois réservé à quelques enseignes pionnières comme Franprix, le « don par arrondi » séduit aujourd’hui 37 enseignes partenaires et plus de 7 000 magasins. Le phénomène ne se limite pas aux habitués du don mensuel à la Croix Rouge ou à Médecins du Monde. Désormais, une large part des Français – plus d’un sur deux selon Anne-Claire Bennevault (Spak) – a déjà contribué par ce biais. L’experte note que ceux qui tentent l’expérience y reviennent souvent, séduits par la simplicité et la confidentialité du geste.
Des avantages indéniables… et quelques réserves
Pourquoi ce succès ? Elodie Manthé (Université de Savoie) identifie trois leviers majeurs :
- Soutien indolore via quelques centimes seulement à chaque passage.
- L’intégration naturelle au moment du paiement facilite l’acceptation.
- L’aspect discret écarte toute pression sociale lors du choix.
Pour les enseignes, loin d’en tirer un quelconque avantage fiscal – mythe récurrent –, il s’agit même d’un service payant servant leur image sociétale. En réalité, seul le détenteur du ticket peut potentiellement défiscaliser son don… ce qui reste rare vu la faible somme impliquée et les démarches nécessaires.
L’effet revers : trop solliciter nuit parfois
Reste un bémol non négligeable : la lassitude liée à la multiplication des sollicitations caritatives tout au long du parcours consommateur. Comme le remarque Elodie Manthé, ces microdons fonctionnent mieux lors d’achats occasionnels (mobilier, jardinage…), où la bonne humeur prédomine. Certains clients expriment leur agacement face au foisonnement de demandes lors des courses alimentaires – « C’est pesant… mais j’ai quand même un cœur », résume Marine croisée entre deux rayons. Entre automatisme et conviction personnelle, chacun compose avec cette nouvelle facette de la solidarité ordinaire au supermarché.
