La France compte-t-elle aujourd’hui un excès de restaurants, au point de limiter leur ouverture ?

Image d'illustration. Intérieur de restaurant chaleureuxADN
Alors que la France compte plus de 200 000 établissements de restauration, la question d'une éventuelle régulation du secteur suscite le débat. Face à la multiplication des ouvertures, certains professionnels alertent sur les risques de saturation du marché.
Tl;dr
- Le nombre de restaurants explose malgré une demande stable.
- Densité excessive : trop d’établissements ferment vite.
- La régulation du secteur est de plus en plus débattue.
Explosion du nombre de restaurants : un marché à saturation
Difficile de ne pas le remarquer en arpentant les rues de Bordeaux, Paris ou Nice : les restaurants foisonnent à tous les coins de rue. Pourtant, cette multiplication pose question. Entre 2019 et 2024, le nombre d’établissements a bondi de +12,7 %, passant de 361 000 à 407 000 adresses, selon les chiffres du cabinet Gira. Désormais, la France compte un restaurant pour seulement 170 habitants. Un ratio qui descend même à un pour 82 à Paris. Mais face à cet engouement, le marché semble perdre l’équilibre.
Des ouvertures record… mais des fermetures tout aussi massives
Derrière la façade attrayante des nouveaux concepts – bar à thon, guinguettes éphémères ou adresses centrées sur le dessert « les yeux bandés » –, la réalité est plus rude qu’il n’y paraît. En 2023, ce sont ainsi 7 200 établissements qui ont fermé leurs portes, soit une hausse spectaculaire de 44 % par rapport à l’année précédente. Bernard Boutboul, président du cabinet Gira, rappelle que « depuis 2019, un tiers des nouveaux restaurants ne survivent pas deux ans ». Le phénomène touche particulièrement les villes densément équipées où, parfois, l’offre dépasse largement la demande locale.
Face à cette concurrence exacerbée et une fréquentation en berne (–15 à –20 % selon l’Umih pour l’été 2025), certains établissements réputés tirent leur épingle du jeu, mais beaucoup d’autres voient leur chiffre d’affaires par unité baisser de 1 à 2 % sur l’année écoulée.
L’inflation et les tendances alimentaires fragilisent encore le secteur
Les difficultés ne s’arrêtent pas là. L’addition moyenne en restaurant a grimpé de 25 % en trois ans, dépassant nettement l’inflation globale (+17 %). Pour près de neuf Français sur dix désormais, le prix devient un critère décisif au moment de passer la porte d’un établissement. Parallèlement, la mode des concepts éphémères ne fait qu’accentuer la précarité du secteur : « Les modes food durent rarement plus de deux ans. Beaucoup cherchent la recette miracle, mais finissent dépassés très vite », analyse Nicolas Nouchi (Strateg’eat).
En pratique, cela se traduit par :
- Densité excessive dans certaines rues où cafés et restaurants se succèdent au mètre.
- Difficulté croissante à fidéliser une clientèle devenue moins mobile depuis le Covid.
Un débat grandissant sur la régulation nécessaire
La prolifération des adresses soulève aujourd’hui une question sensible : faut-il instaurer un contrôle plus strict ? Plusieurs voix s’élèvent pour proposer un « Numerus Clausus » ou encore un « permis d’entreprendre » dédié aux aspirants restaurateurs sans formation en gestion. Le but : éviter les fermetures rapides qui transforment durablement les centres-villes et brouillent la confiance des clients.
Pour certains professionnels comme Stéphane Manigold (Maison Rostang, Granite, etc.), il serait aussi urgent d’imposer davantage de transparence sur l’origine des produits afin d’assainir le marché : « Trop souvent, on trompe le consommateur avec une mauvaise qualité camouflée sous une bonne enseigne. »
Ainsi, entre rêve entrepreneurial et dure réalité économique, la restauration française navigue aujourd’hui entre excès d’offre et nécessaire mutation.
