L’ère post-moteurs thermiques : le démantèlement massif débute

Image d'illustration. Station service. ADN
L’abandon progressif des moteurs thermiques marque une nouvelle étape dans la transformation de l’industrie automobile, laissant présager d’autres remises en cause majeures et une profonde reconfiguration du secteur au fil des prochaines années.
Tl;dr
- Le « pacte vert » européen subit deux reculs majeurs.
- Abandon de l’interdiction des voitures thermiques en 2035.
- Autorisation prolongée pour certains pesticides controversés.
Un tournant pour le « pacte vert » européen
Ce mardi, la Commission européenne a opéré un virage inattendu dans sa stratégie environnementale. Deux décisions phares : l’abandon du calendrier visant à interdire la vente de véhicules neufs à moteur thermique dès 2035 et l’autorisation pérenne de certains pesticides. Pour nombre d’observateurs, cette double annonce marque une inflexion majeure dans la mise en œuvre du « pacte vert », l’ambitieux projet lancé en 2019 sous la présidence d’Ursula von der Leyen, qui visait à faire de l’Europe le premier continent neutre sur le plan climatique.
L’industrie européenne en première ligne
Ce choix n’est pas sans arrière-pensée économique. Selon Phuc-Vinh Nguyen, responsable du centre énergie à l’Institut Jacques Delors, il s’agit moins d’un simple ajustement que du « début d’un grand détricotage ». Protéger la compétitivité des constructeurs automobiles européens, notamment face aux concurrents chinois sur le segment électrique, semble désormais primer sur l’urgence climatique. Un glissement stratégique confirmé par la décision relative aux pesticides, alors même que les agriculteurs européens multiplient les mobilisations contre ce qu’ils jugent des normes trop strictes et craignent une perte de compétitivité face au Mercosur.
Un impact direct sur les objectifs climatiques
Ces renoncements pourraient bouleverser la trajectoire adoptée jusqu’ici. Car, au-delà de ces mesures emblématiques, d’autres dossiers risquent d’être revus à la baisse. En particulier le nouveau marché carbone, destiné à obliger les secteurs les plus polluants (transports routiers, bâtiment, petite industrie) à payer pour leurs émissions de gaz à effet de serre. Initialement prévu pour 2027, son lancement devrait être repoussé à 2028 avec un plafonnement du prix à 45 euros la tonne — et potentiellement davantage de souplesse quant à ses modalités.
Pour rendre plus lisible ce changement de cap, une future législation dite « Omnibus » viendrait simplifier ou amender divers textes existants du Green Deal. Concrètement, on peut s’attendre prochainement à :
- Des reports d’échéances sur plusieurs volets climatiques.
- Des paramètres revus pour le marché carbone.
- Une flexibilisation accrue des régulations agricoles.
L’avenir incertain du Green Deal
Si les installations énergétiques renouvelables — éolien et solaire — continuent d’avancer au rythme escompté, leur intégration pourrait poser question sans adoption massive des véhicules électriques. Comme le souligne Phuc-Vinh Nguyen, « Cela met sérieusement en péril l’objectif européen de réduire les émissions de CO2 de 55 % d’ici à 2035 par rapport aux niveaux de 1990 : cohérence et ambition se fragilisent au fil des compromis politiques. » Les prochains mois diront si ce « détricotage » s’accentue ou si un nouvel équilibre pourra être trouvé entre impératifs économiques et exigences climatiques.
