Un projet minier vise deux plages corses, trésors de sable noir gorgés de nickel

Image d'illustration. CorseADN
En Corse, deux plages connues pour la couleur sombre de leur sable et leur importante teneur en nickel suscitent l’intérêt d’un projet minier, ouvrant la voie à de potentielles exploitations sur ces sites naturels remarquables.
Tl;dr
- Projet minier d’Aurania Resources vivement contesté en Cap Corse.
- Nickel des plages noires convoité pour batteries électriques.
- Risque écologique dénoncé, mobilisation locale importante.
Un projet minier qui ravive de vieilles blessures
Dans le Cap Corse, la perspective de voir s’installer une nouvelle exploitation minière fait remonter à la surface de profondes inquiétudes. Cette fois, c’est la société canadienne Aurania Resources qui espère obtenir le feu vert des autorités pour explorer les fameuses plages noires de Nonza et d’Albo. Pourtant, loin d’être un simple enjeu industriel, ce projet heurte la mémoire collective et suscite un rejet net des habitants comme des élus.
L’héritage trouble des plages noires
Les deux plages ciblées, rendues célèbres par leur sable sombre, portent déjà les stigmates d’une histoire industrielle mouvementée. Il faut rappeler que ce sable n’a rien de naturel : il résulte de décennies de rejets issus du concassage de serpentinite, dans le cadre de l’extraction de fibres d’amiante menée à proximité entre les années 1920 et 1960. Aujourd’hui encore, cette pollution héritée pèse sur l’imaginaire local.
Le nickel : une ressource aussi convoitée que controversée
C’est justement ce sable, chargé en nickel — ressource désormais cruciale pour la fabrication des batteries de véhicules électriques — qui suscite tant de convoitises. Selon les estimations avancées par Aurania Resources, la quantité présente sur site serait suffisante pour produire un million de batteries automobiles et pourrait générer jusqu’à 450 millions d’euros sur une décennie. L’entreprise a donc sollicité la Dreal de Corse afin d’obtenir l’autorisation nécessaire au lancement d’une campagne de forages exploratoires.
D’après la géologue Michelle Ferrandini, interrogée par Le Monde, « un sable magnétique dont Aurania estime la quantité à 50 % de l’ensemble » recouvre ces plages artificielles. L’industriel promet alors une extraction innovante : utiliser un gros aimant pour collecter cette fraction depuis des barges en mer et séparer nickel et fer sans usine terrestre.
Mobilisation unanime contre le risque écologique
Malgré ces promesses techniques, la défiance ne faiblit pas. En avril dernier, l’Assemblée de Corse a voté à l’unanimité une motion dénonçant « un risque écologique et sanitaire inacceptable » associé à cette opération. En parallèle, une pétition lancée par un collectif citoyen a déjà rassemblé plus de 25 000 signatures.
Les principales préoccupations exprimées s’articulent autour des points suivants :
- Perturbation potentielle du littoral et impact sur l’environnement marin.
- Mémoire douloureuse liée à la pollution industrielle passée.
- Doutes persistants quant aux bénéfices réels pour la population locale.
Au-delà du débat sur le nickel ou la transition énergétique, c’est bien un attachement viscéral au territoire corse qui s’exprime face à un projet perçu comme une nouvelle menace pour un environnement déjà fragilisé.
