Près de 148 millions d’euros d’aides publiques versés à la start-up Ynsect

Image d'illustration. Larves insecteADN
La jeune pousse Ynsect, spécialisée dans l’élevage d’insectes pour l’alimentation animale et humaine, a bénéficié d’un important soutien financier de l’État et des collectivités, recevant au total près de 148 millions d’euros de fonds publics.
Tl;dr
- Ynsect a reçu 148 millions d’euros de fonds publics.
- L’entreprise d’insectes a échoué malgré un fort soutien.
- Difficultés techniques et crise énergétique expliquent sa liquidation.
Un pari industriel risqué sur les insectes
En France, le secteur des protéines issues d’insectes n’aura pas échappé aux soubresauts d’une industrialisation complexe. L’entreprise Ynsect, longtemps considérée comme un porte-étendard national dans ce domaine, vient d’être liquidée, mettant en lumière les limites du soutien public à l’innovation industrielle. Le ministère de l’Économie et des Finances a confirmé à l’AFP que la start-up avait reçu près de 148 millions d’euros de financements publics depuis 2012, principalement dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir (PIA) et de France 2030. Ces aides se répartissent en environ 8 millions sous forme de subventions et 76 millions via fonds propres et obligations convertibles.
Des ambitions démesurées face à la réalité industrielle
La trajectoire de Ynsect ne manque pas de surprendre. Forte de ses levées de fonds — près de 600 millions de dollars réunis auprès d’investisseurs privés et publics, dont la banque publique Bpifrance — l’entreprise visait ni plus ni moins qu’une révolution dans l’alimentation animale, humaine, mais aussi dans les engrais agricoles. Pourtant, ce modèle s’est heurté à des obstacles techniques majeurs : difficultés industrielles persistantes, impacts du Covid-19 et explosion des coûts énergétiques liés à la guerre en Ukraine ont plombé sa rentabilité.
Soutenir ou risquer : le dilemme public
À la lumière de cette faillite retentissante, les voix officielles nuancent cependant le revers. Un responsable à Bercy rappelle que « le soutien public avait une logique stratégique claire : souveraineté alimentaire, innovation industrielle et transition écologique ». Et d’ajouter que « le projet reposait sur une technologie de rupture, avec des risques techniques, industriels et financiers élevés dès le départ ». Il n’empêche : selon plusieurs anciens salariés interrogés par Mediapart, la stratégie était jugée largement surdimensionnée.
Pour mieux saisir la situation, voici trois constats avancés par les acteurs du dossier :
- Dépendance aux subventions publiques massives
- Mauvais calibrage industriel (« gigafactory » surdimensionnée)
- Secteur très jeune exposé aux aléas économiques mondiaux
Bilan mitigé pour un secteur émergent
Face aux députés en décembre dernier, le directeur général de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, a livré une explication teintée de sincérité : « On nous demande de soutenir… on est des branquignoles ? Non ! Ynsect on y a cru… on a voulu y croire. » Un échec certes cuisant pour ce pionnier français, mais qui ne signe pas pour autant l’abandon du secteur : sur trois entreprises financées en France dans ce créneau, deux poursuivent leur croissance. Le revers encaissé par Ynsect incarne au fond « les risques inévitables liés à toute réindustrialisation ambitieuse ».
