Face au blocage dans le Golfe, les marins contraints à la restriction de vivres

Image d'illustration. Pétrolier dans le détroit d'OrmuzADN
Face aux perturbations persistantes dans le Golfe, les marins de plusieurs navires se retrouvent contraints de limiter leur consommation de vivres et d’eau, la durée de leur immobilisation en mer rendant l’approvisionnement de plus en plus difficile.
Tl;dr
- 20 000 marins bloqués, vivres et eau rationnés.
- L’OMI demande un couloir maritime sécurisé.
- Paniques et appels à l’évacuation se multiplient.
Des équipages en pleine incertitude dans le Golfe
Sous la menace constante du blocus du détroit d’Ormuz, la vie à bord des navires stationnés dans le Golfe tourne depuis trois semaines au calvaire pour des milliers de marins. Les témoignages s’accumulent, révélant une situation qui se détériore rapidement : pénurie d’eau potable, stocks alimentaires au plus bas, anxiété croissante. Un jeune marin indien, que nous nommerons simplement Pereira, raconte : « Jusqu’à hier, nous avions de l’eau potable ainsi que de l’eau douce pour nous laver et tout le reste ». Désormais contraints de faire bouillir l’eau restante, ces équipages s’adaptent dans l’urgence en attendant d’hypothétiques ravitaillements.
Des provisions qui s’amenuisent et des équipages éprouvés
La question de la logistique devient cruciale : certains navires doivent refaire leurs réserves tous les dix à quinze jours. Mais avec les ports proches comme celui de Ras Laffan, frappé par une attaque iranienne récente, la situation empire. Un capitaine indien joint au téléphone confie son inquiétude : « Si le port ferme complètement, il ne sera pas possible de débarquer l’équipage ». Pour tenir le coup, voici ce que décrivent plusieurs commandants :
- Rationnement strict de nourriture et d’eau ;
- Diminution du nombre de repas quotidiens ;
- Réduction des quarts pour préserver les forces.
Malgré quelques rotations organisées, beaucoup restent coincés à bord faute d’alternatives.
L’appel pressant à une solution internationale
Face à cette crise humaine, la voix de Jacqueline Smith, coordinatrice maritime à la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), résonne avec gravité : « Nous recevons des messages de marins nous disant : « nous commençons à manquer de vivres, de carburant, d’eau » ». L’organisation appelle les États comme le Panama ou le Liberia, où nombre de navires sont enregistrés, à organiser rapidement des évacuations coordonnées. L’inquiétude monte également du côté des familles restées à terre. Pereira confie : « Même nos familles ont paniqué… Nous voulons juste rentrer chez nous. Ce premier voyage a été vraiment horrible. »
L’urgence d’un couloir maritime sécurisé
Pour tenter d’endiguer cette crise sans précédent, l’Organisation maritime internationale (OMI), dépendant des Nations unies, exige désormais la création urgente d’un corridor sécurisé afin de permettre aux quelque 20 000 marins coincés sur près de 3 200 navires à l’ouest du détroit d’Ormuz d’être évacués en sécurité. Depuis le début du conflit fin février, huit décès parmi marins ou dockers ont déjà été recensés par l’agence onusienne. Un chiffre glaçant qui témoigne de la nécessité impérieuse d’agir vite — car chaque jour qui passe accroît un peu plus les risques encourus par ces hommes et femmes pris au piège en mer.
